La tradition décorative et nostalgique des " poètes de Bourbon " s'est maintenue avec une belle constance au long des années.En 1966, l'anthologie d'Hippolyte Foucque (Les Poètes de l'île Bourbon) dressait le bilan de ce courant littéraire jusqu'au début du XXe siècle.Par la suite, la Revue culturelle réunionnaise (à partir de 1976), les publications anthologiques de Gilbert Aubry et Jean-François Sam-Long (les recueils annuels sous le titre Créolie, dont le premier paraît en 1978, ou le volume consacré en 1980 à la Poésie réunionnaise (1900-1980), le Grand Livre d'or de la poésie réunionnaise d'expression française" (1990) ont fait une place plus ou moins importante à ces poètes qui continuent dans la voie tracée par Auguste de Villèle ou Raphaël Barquissau : Iris Hoareau, Frère Didier, Violette de Bourbon, Guy Agénor, Alcide Baret, Myriam Cazalou, René Hoareau, Marc-Henry Pinot, etc. - la liste pourrait s'allonger à volonté...
Certains lecteurs seront peut être sensibles au zèle de touchants versificateurs qui psalmodient des hymnes à la beauté de leur île :
La facture classique de ces traditionnalistes, le bercement de leur versification s'accordent à leur vision irénique de l'île heureuse.Est-ce un hasard si dans les deux exemples cités, et choisis aléatoirement dans l'ensemble de cette production, revient la même rime : beauté/sérénité ?Or le rapprochement des deux mots suggère ce qu'est le projet des " poètes de Bourbon " : célébrer la beauté d'une île que ne trouble nul problème.
Il est clair que leur littérature se situe résolument à l'arrière-garde : on y décèlera au mieux le charme du pittoresque, quelques naïvetés plaisantes ; on y rencontrera le plus souvent l'emphase de sonnets vaguement parnassiens, la description béate des paysages insulaires, la complaisance des exclamations lyriques, le paternalisme du folklore créole...
La vraie vie est ailleurs...D'autres poètes sont venus, qui se sont interrogés sur leur identité et leur pratique langagière, qui ont tenté de renouveler les formes poétiques...