Léoville L'Homme et Robert-Edward Hart ne résument pas toute la poésie mauricienne de la première moitié du XXe siècle.Anthologies et histoires de la littérature mauricienne citent bon nombre de poètes : Henri Antelme, Felix Ducray, Edgar Janson, Anne-Marie Vigoureux de Kermorvan, Raymonde de Kervern, Auguste Maingard, Wilfrid Moutou...sans oublier le romancier Clément Charoux, qui publie aussi des vers.Leurs œuvres sont inégales, parfois attachantes, souvent répétitives.
Auguste Maingard (1865-1934) prolonge le romantisme (Sous les jamroses, 1890).Félix Ducray (1864-1937) se plaît à de petites provocations : dans un poème présenté comme inspiré d'une " légende malgache ", une sorcière aux seins flétris se donne à un caïman :
Wilfrid Moutou (1854-1916) dédie " aux dames mauriciennes " quatre séries de Bengalis(1898-1913), poèmes à fleur de prose, rappelant les premiers temps de la Table Ovale.
Henri Antelme (1862-1920) est un représentant typique du francotropisme mauricien : son recueil posthume Sous le ciel de l'île de France(1923), publié à Paris, célèbre en vers pompeux " la bataille de la Marne ", " Verdun ", " le Poilu ", etc.
Edgar Janson (1861-1927) est sans doute plus intéressant, malgré une semblable idôlatrie pour la patrie française.Ses poèmes, qui n'ont pas été rassemblés en volume, trouvent de solides accents parnassiens pour chanter, par exemple, le " marchand de moutailles ", vieil Indien vendant ses pâtisseries :
Le Madras est assis, tel un dieu grave et digne.
Anne-Marie Vigoureux de Kermorvan, installée en France à l'âge de 17 ans, évoque son île natale dans des poèmes de facture très classique, inspirée de l'école romane : ils suscitèrent les louanges de Charles Maurras, le dirigeant de l'Action Française.
Raymonde de Kervern (1899-1973), qui à la fin de sa vie présidait la Société des Écrivains Mauriciens, s'était imposée comme la première et la plus remarquable des femmes-écrivains de Maurice.Ses Cloches mystiques(1928) et surtout Le Jardin féérique(1935) avaient trouvé une versification, toujours régulière, mais souple, animée, violente dans de beaux effets de ruptures et d'enjambements. Elle choisissait des motifs colorés : le " chant des esclaves " défilant devant César en entrant dans l'arène, la " danseuse de Malabar " :