Le français est la langue de prestige de l'activité littéraire à Maurice.Mais les autres langues pratiquées dans l'île ont pu, elles aussi, se prêter à des usages littéraires.Il existe des écrits imprimés en anglais, en hindi, en tamoul, en créole.Dans les autres langues, les réalisations sont beaucoup plus marginales.
Les écrits en anglais sont, après ceux en français, les plus nombreux.Ils sont essentiellement l'œuvre d'Indo-Mauriciens, dont les plus connus sont Azize Asgarally, Deepchand Beeharry, Anand Mulloo, Jay Narain Roy.Beaucoup de Mauriciens ayant accompli leurs cycles d'études supérieures en Grande Bretagne ont choisi la langue anglaise comme medium de leur expression littéraire ou intellectuelle.Régis Fanchette, dont le frère, le poète Jean Fanchette, a animé à Paris une revue bilingue, Two Cities, a publié des recueils de poésie métaphysique ( Shades of the Prison House, 1971 ; Burntwood, Stardust and Shifting Sands, 1974 ; Sense and Sensibility, 1977).
Le développement d'une littérature mauricienne en langue hindi est lié aux combats pour la défense et réhabilitation de la civilisation indienne dans l'île.Les premiers immigrants indiens n'étaient guère mieux traités que les esclaves qu'ils venaient remplacer.Le rapport d'une Commission royale d'enquête dénonçait, en 1872, le sort qui leur était fait.À partir de ce moment, leur situation s'améliora.Le bref séjour de Gandhi à Maurice en 1901 cristallisa les espérances de la communauté indo-mauricienne.Manilall Doctor, envoyé dans l'île par Gandhi en 1907, jeta les bases d'une organisation politique indienne.Pendant longtemps, la priorité fut donnée à l'éducation et à la mise en place de structures d'affirmation communautaire.Des associations d'écrivains et d'intellectuels tentent de rassembler, à partir de 1960, les Indo-Mauriciens de langue hindi.Somdath Bhuckory, auteur de poèmes, de contes et d'essais divers est l'animateur de ces cercles de lettrés.Basdeo Bissoondoyal, sage reconnu et promoteur d'une renaissance de la spiritualité hindoue à Maurice, est l'auteur de divers ouvrages (récits autobiographiques, traités historiques, essais culturels) et aussi d'une traduction en hindi de Paul et Virginie(ce qui est, par ailleurs, une reconnaissance de l'importance du roman pour la construction de la culture mauricienne). Abhimanyu Unnuth écrit des romans et des nouvelles qui connaissent le succès en Inde.Un volume de nouvelles a été traduit en français ( Les Empereurs de la nuit, 1983). Plusieurs anthologies, dont Mauritius Ki Kavita(1976), préparée par Abhimanyu Unnuth, à la demande du Mahatma Gandhi Institute de Maurice, montrent la vitalité de la littérature mauricienne en hindi.
Moins nombreux, les tamouls de l'île Maurice ont cependant produit, eux aussi, des œuvres littéraires.L'ouvrage de Ramoo Sooriamoorthy, Les Tamouls à l'Île Maurice(1977) les présente brièvement.
La littérature en créole est récente, du moins si l'on ne prend en compte que les textes écrits.Le bref roman de Renée Asgarally, Quand montagne prend di difé(1979), est le premier roman publié en créole mauricien. Mais la tradition orale remonte, évidemment, aux premières manifestations du créole dans l'île.
Compte tenu de la filiation linguistique, la littérature créole se pose en relation étroite avec la littérature en français.Elle sera présentée de manière plus détaillée dans les chapitres ultérieurs.