5.4. VERS UNE RENAISSANCE LITTÉRAIRE ?

Les romans de Michèle Rakotoson annonçaient-ils un renouveau de la littérature malgache en français ?Comme dans tous les pays traversant une crise grave, la littérature fournit aux intellectuels le lieu où expliciter leurs problèmes et exorciser leurs angoisses.Dans la période qui suivit immédiatement la révolution de 1972, il n'était désir que de malgachisation et d'écriture en malgache.Avec le temps, l'ostracisme prononcé contre l'écriture en français s'est effacé.Des signes multiples manifestent la permanence de la francophonie littéraire malgache.On réédite les œuvres de poètes antérieurs.On tente de publier des revues (pendant quelques numéros pour Mi : Littérature, Arts, Musique, qui disparaît faute d'un financement suffisant). Des associations d'écrivains et d'intellectuels se fondent (comme, en 1987, la SEROI-Madagascar, Société des Écrivains de la Région de l'Océan Indien, Section malgache).Des textes circulent, mais la plupart du temps sous forme de manuscrits, de dactylographies.Il est plus facile de faire paraître des nouvelles, dans des journaux et revues ; le concours de nouvelles de Radio France Internationale prime quelques auteurs malgaches (Patrick Iarilanto Andriamangatiana, Tsilavina Ralaindimby, Marie Danielle Rason) et leur donne un début de reconnaissance littéraire.Le théâtre tente beaucoup de nouveaux auteurs (Charlotte Rafenomanjato, Suzanne A. Ravoaja, Josette Rakotondradany).

Cette effervescence littéraire est à la fois décevante et prometteuse.Déception d'une vie littéraire sans livres ni lecteurs : les œuvres restent en puissance, ciculant au gré de lectures publiques, évoquées à la radio ou dans les conversations.Mais promesses d'un incoercible désir d'écrire.Comme si la société malgache restait grosse d'une belle œuvre qui se forme confusément en son sein...

Le tournant politique pris à la fin des années 1980, l'accent mis sur l'importance du français pour le développement de Madagascar ont favorisé ouverture et renouveau de la littérature malgache d'expression française.Charlotte Rafenomanjato a pu faire paraître son premier roman, Le Pétale écarlate, publié à Antananarivo en 1990 : c'est une tentative réussie pour malgachiser le genre du " roman populaire ", en racontant comment l'orpheline Felana peut triompher de la mauvaise étoile (le signe astral alakaosy) sous laquellle elle est née. Esther Nirina a imposé, avec le recueil Lente spirale(1990), après Silencieuse respiration(1975) et Simple voyelle(1980), un ton poétique personnel, fait d'intimisme et de pudique sensualité. D'autres noms commencent à se faire connaître : un beau texte de Jean-Luc Raharimanana, " Lépreux ", est primé en 1989 au concours de nouvelles de R.F.I.

Une nouvelle génération d'écrivains, formée pendant les années de malgachisation, affirme son désir d'écrire en français.

Bio-Bibliographie de Flavien Ranaivo

1914 (13 mai)Naissance de Flavien Ranaivo à Arivonimamo (à une cinquantaine de kilomètres de Tana-narive), où son père était gouverneur.Comme Rabearivelo, il appartient à la caste aristocratique des Zanadralambo.Son enfance est toute imprégnée de la culture ancienne : contes et légendes narrés par la grand-mère, chansons apprises avec les enfants du voisinage, musique enseignée par le frère aîné, culte des ancêtres autour duquel s'organise la vision du monde...

1928Entrée au lycée.Flavien Ranaivo souligne que c'est à ce moment qu'il doit apprendre la langue seconde qu'est pour lui le français.

1940-1959Choisit pendant la guerre le camp des Forces Françaises Libres et occupe ensuite plusieurs fonctions administratives (aux P.T.T. et aux services de l'Information).Il fait de longs séjours en Europe.

1947L'Ombre et le vent, Tananarive, Imprimerie officielle.Recueil de poèmes avec une préface d'O. Mannoni.Seconde édition, Tananarive, Imprimerie Nationale, 1966.

1955Mes chansons de toujours, Paris, chez l'auteur.Recueil de poèmes avec une introduction de Léopold Sédar Senghor.

1959Retour à Madagascar.Après l'indépendance, il est nommé Directeur de l'Office du Tourisme, puis Directeur de l'Information (fonction qu'il exerce jusqu'en 1972).

1962Le Retour au bercail, Tananarive, Imprimerie nationale. Recueil de poèmes avec une introduction de Robert Mallet.

1970Réédition en fac-similé des trois recueils poétiques (Kraus Reprint, Nendeln, Liechtenstein).

1972Vit désormais en France.Voyage.Donne des conférences dans diverses universités, et notamment à la Sorbonne.

1975Hain-teny présentés et transcrits du malgache par Flavien Ranaivo, Paris, Publications Orientalistes de France, coll. D'étranges pays.

À consulter :

Complément bibliographique

Les seules vues d'ensemble sur la littérature malgache se trouvent dans des chapitres d'ouvrages généraux ou d'encyclopédies :

Sur la situation récente, on lira :

DEUXIÈME PARTIE

L'ÎLE MAURICE

CHRONOLOGIE DE L'ÎLE MAURICE

1511-1512Découverte de l'île par des navigateurs portugais.Les historiens divergent sur le nom du découvreur et la date de l'événement (Domingos Fernandez en 1511 ou Pero Mascarenhas en 1512).On a même tenté de faire remonter la découverte à Diogo Dias en 1500.Le fait est que la mappemonde de Cantino (1502) donne la situation de Maurice, de la Réunion et de Rodrigue, mais sous des noms arabes - ce qui prouve surtout que les Arabes les ont connues avant les Européens.Pero Mascarenhas a laissé son nom à l'ensemble des Mascareignes (Maurice, la Réunion, Rodrigue).

Les Portugais semblent avoir visité à plusieurs reprises la future île Maurice, qu'ils appellent ilha dio cirnà (l'île des cygnes : sans doute à cause des drontes ou dodos, qui devaient disparaître à la fin du XVIIe siècle).Ils y introduisent des singes de Ceylan en 1528.

1538Découverte de l'île Rodrigue par Diogo Rodrigues.

1598Première reconnaissance de l'île Maurice par des navires hollandais et prise de possession.Jusqu'alors connue sous le nom de Cirné, cette île est baptisée Mauritius, en l'honneur de Maurice de Nassau, stathouder des Pays-Bas.

1638Première vraie tentative de colonisation de la part des Hollandais, dans le but d'exploiter l'ébène et d'organiser la traite des esclaves à Madagascar.Au bout de vingt ans les résultats se révélèrent lamentables : l'île est évacuée en 1657, mais la flore et la faune autochtones ont déjà subi des dommages irréparables.

1664Nouvel établissement de Hollandais.Il dure plus longtemps, mais pour des résultats aussi maigres : incapacité des commandants, médiocrité des colons, au demeurant trop peu nombreux, frénésie de gains rapides procurés par les trafics sur l'ambre gris ou les bois précieux.

1691-1693Séjour à l'île Rodrigue, déserte jusqu'alors, de François Leguat et de ses compagnons, partis reconnaître une " terre promise " pour les protestants français chassés de France par Louis XIV.Quittant Rodrigue pour Maurice, sur une embarcation de fortune, les robinsons de Rodrigue y seront victimes, pendant deux ans, des persécutions du gouverneur hollandais.

1697 Premières relâches de pirates à Maurice.Ils fréquentèrent régulièrement l'île jusqu'en 1720.

1710Les Hollandais abandonnent définitivement l'île Maurice.

1715Prise de possession au nom du roi de France par Dufresne d'Arsel (à son retour de Moka, en Arabie, où il est allé se procurer des plants de café).L'île prend alors le nom d'" île de France ".En 1721, Garnier du Fougeray renouvelle le geste symbolique de la prise de possession.

1722Premier établissement de Français à l'île de France.L'île est administrée par la Compagnie des Indes Orientales.Débuts difficiles, sous des gouverneurs incapables.

1735Arrivée de Mahé de La Bourdonnais, nommé à la tête des deux îles, Bourbon et de France.En cinq années, La Bourdonnais réussit à lancer le développement économique des Mascareignes.Il instaure une répartition des fonctions entre les deux îles : à Bourbon le rôle agricole de grenier et de fournisseur de ravitaillement ; à l'île de France la fonction de port et de siège du gouvernement.Il érige Port-Louis en capitale de l'île de France et en centre de construction maritime ; il crée l'embryon d'une " marine des îles " ; il relance la culture de la canne à sucre et ouvre une première sucrerie ; il " pacifie " l'île en réduisant les " marrons " (à l'aide d'une maréchaussée recrutée parmi les esclaves malgaches...) ; il organise la traite négrière avec Madagascar et les côtes du Mozambique ; il envoie explorer les Seychelles ; il a l'idée de faire des Mascareignes la base de départ d'opérations de course dans l'océan Indien.

1746Départ de La Bourdonnais.Ses successeurs ont surtout le souci de développer l'agriculture (mais la culture du café ne réussit pas aussi bien qu'à Bourbon) et de faire construire de beaux manoirs (comme le Réduit, qui sera la résidence de prédilection des gouverneurs successifs).

1767Fin du monopole de la Compagnie des Indes.Les îles reviennent à l'administration royale.

D'après le comptage de 1766, l'île de France est habitée par 1 998 blancs et " libres " et par 18 100 esclaves (en 1788, ces chiffres seront respectivement de 2 456 et 39 915).

1778-1783Campagnes de Suffren, qui font de l'île de France un point d'appui essentiel de la guerre maritime contre l'Angleterre et le centre d'une très fructueuse guerre de course.

À la fin du XVIIIesiècle, une activité commerciale florissante transforme Port-Louis en entrepôt des produits de l'Inde et assure la richesse des commerçants. L'agriculture est plutôt négligée.La canne à sucre n'est guère cultivée que pour la consommation locale.Les épices, introduites par l'intendant Poivre, réussissent mal.

1790La nouvelle de la Révolution de 1789 arrive en mars, par un navire de Bordeaux : on espère que ces événements vont permettre aux îles de se débarrasser de l'autoritarisme des administrateurs royaux et surtout du système de l'exclusif colonial.Une assemblée, une garde nationale, des municipalités se mettent en place, avec la bienveillance intéressée des négociants et des armateurs.Le commandant des troupes françaises de l'océan Indien, Macnamara, hostile aux idées révolutionnaires, est massacré au sortir d'une séance de l'assemblée : ce fut l'épisode le plus violent de la Révolution aux îles.

1793Une Société de la Chaumière réunit les sympathisants des idées jacobines.L'annonce de la mort de Louis XVI précipite la républicanisation des îles.

1794Le décret d'abolition de l'esclavage (du 16 pluviôse an II) arrive aux îles : il reste lettre morte.

1795La chute de Robespierre fait dissoudre la Société de la Chaumière.La guillotine érigée à Port-Louis est démontée et soigneusement mise à l'abri...

1796Le Directoire envoie aux îles des commissaires pour faire exécuter les lois de la République.Dès qu'ils parlent d'abolition, on les réembarque vers les lointaines Philippines.Cette mauvaise humeur des colons était grosse d'une rébellion ouverte contre l'autorité de la métropole.

1803Le Consulat nomme le général Decaen pour reprendre possession des comptoirs de l'Inde.La reprise des hostilités avec l'Angleterre oblige Decaen à s'installer à l'île de France.Il est plutôt bien acueilli par les colons, puisque, Bonaparte ayant décidé de maintenir l'esclavage, il vient conforter l'ordre colonial.Autoritaire, Decaen est cependant un administrateur apprécié : il adapte aux Mascareignes les codes juridiques napoléoniens, réorganise l'enseignement, crée un port de secours à Mahébourg...

1810Le blocus anglais sur les îles s'alourdit.Malgré la victoire navale de Vieux Grand Port, où la flotte anglaise subit une cuisante défaite, Decaen doit capituler, le 3 décembre, devant l'invasion de l'île de France par une armée anglaise de 10 000 hommes.

La perte de l'île de France interdit en fait à la France de maintenir ses prétentions coloniales sur l'Inde.

1814Le traité de Paris confirme la souveraineté anglaise sur l'île (qui reprend son ancien nom de " Mauritius ").Le premier gouverneur, Farquhar, se concilie la bienveillance des colons français en maintenant sans grande modification l'organisation administrative et judiciaire française.

L'activité maritime et commerciale de Maurice décline très vite, au profit d'un spectaculaire développement de la culture de la canne à sucre.Ce qui va bientôt poser le problème de la main d'œuvre nécessaire.

1815Serment d'allégeance de tous les colons qui souhaitent rester à l'île Maurice.

Les premières écoles publiques sont fondées par le Révérend J. Lebrun.

1823Départ de Farquhar.Jusqu'en 1849, l'île est administrée par des gouverneurs militaires, souvent impopulaires.En 1825, on met en place un " Conseil de Gouvernement ", composé de fonctionnaires - ce qui déçoit les colons désireux de participer aux affaires publiques.

1829Début de l'immigration d'" engagés ", recrutés en Inde sur contrat.L'abolition de l'esclavage intensifiera considérablement ce mouvement.

1830Adrien d'Epinay, qui avait fondé en 1827 un " Comité colonial " pour faire entendre le point de vue des colons, très inquiets des campagnes anti-esclavagistes, est envoyé comme émissaire à Londres pour négocier avec le Bureau Colonial.À son retour, en 1831, il a obtenu la participation des colons au Conseil de Gouvernement, la suppression de la censure de la presse et surtout la promesse qu'il n'y aurait pas d'abolition sans indemnisation des propriétaires d'esclaves.Cependant, certaines hésitations du gouvernement anglais continuent de susciter la résistance, parfois très vive, des colons.

1835Émancipation des esclaves.L'indemnité versée aux propriétaires s'éleva à plus de deux millions de livres.

Les engagés indiens, qui vont fournir la main d'œuvre de remplacement des esclaves sur les plantations de cannes, commencent à arriver en grand nombre.Il en viendra près de 450 000 jusqu'en 1902, dont très peu profitèrent de la possibilité de retourner au pays.

1850Une charte municipale organise le début d'une représentation élective.

La décennie 1850-1860 marque l'apogée de la culture de la canne : la production augmente considérablement, le commerce est florissant.

1864Ouverture de la première ligne de chemin de fer (celle du Nord).

1866-1868Redoutable épidémie de paludisme (50 000 morts en 3 ans).Elle entraîne l'installation de l'oligarchie blanche et de la bourgeoisie de couleur sur les terres réputées plus saines du centre de l'île.Dans la seconde moitié du siècle, l'île connaît aussi le choléra.

1872Le malaise né du déclin de la culture de la canne et des problèmes sociaux qu'il suscite provoque une Commission royale d'enquête, dont le rapport accélère l'évolution politique de l'île vers une " réforme de la Constitution ".

1885Premières élections (selon un système censitaire) au Conseil de Gouvernement, mis en place par le gouverneur sir John Pope Hennessy.

1890-1900Série de catastrophes : épidémies de 1891, 1892, 1893 ; cyclone de 1892 ; incendies de Port-Louis en 1893 et 1896.

1900La structure de la démographie mauricienne est totalement transformée : en 1846, on comptait 56 245 Indo-Mauriciens sur une population totale de 158 462 habitants ; en 1871, 216 258 sur 316 042 ; en 1901, 259 086 sur 371 023.

Le système du métayage, morcelant la terre, a permis de fixer les " engagés " près des propriétés sucrières et de constituer une classe de petits propriétaires indiens, qui possèdent à l'aube du XXe siècle plus de 30 % de la superficie cultivée.

1901Séjour à Maurice de Gandhi, prolongé par celui de son émissaire, l'avocat Manilall Doctor (de 1907 à 1912).Leur action contribue à l'éveil social et politique de la population indo-mauricienne.

1914La guerre, faisant monter le prix des denrées, dont le sucre, ramène une relative pros-périté, qui se prolongera avec le " boom " sucrier des années 1920-1923.

1918Le traité de Versailles proclamant le " droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ", un mouvement se développe pour réclamer " la rétrocession de l'île Maurice à la France ".Ses partisans seront largement battus aux élections de 1921.

1936Fondation du Parti Travailliste, à l'imitation du Labour Party anglais.

1937Grèves, troubles, émeutes, sur les propriétés sucrières et parmi les ouvriers du Port.La suprématie de l'oligarchie blanche, qui n'avait jamais été sérieusement entamée, commence à être menacée.

1940La Seconde Guerre mondiale isole l'île et précipite l'évolution politique.

1947Proclamation d'une nouvelle Constitution, qui tend à doter l'île d'un gouvernement autonome.Les élections de 1948 portent au pouvoir les travaillistes de Seewoosagur Ramgoolam.

1958Instauration du suffrage universel, qui permet aux travaillistes de conforter leur victoire électorale.

1965La Conférence constitutionnelle de Londres prépare les voies de l'autodétermination.Après l'adoption d'une nouvelle Constitution en 1966, des élections générales en 1967, l'accession à l'indépendance est réclamée par Sir Seewosagur Ramgoolam.

1968 (12 mars)Proclamation solennelle de l'indépendance de l'île Maurice.Quelques affrontements interethniques accélèrent un mouvement d'émigration de Franco-Mauriciens et de créoles.

1982Le Parti Travailliste, au pouvoir depuis l'indépendance, perd les élections au profit d'une coalition de gauche, qui éclate l'année suivante.Le paysage politique mauricien se recompose autour de leaders plus jeunes.M. Aneerood Jugnauth devient Premier ministre.La vie politique mauricienne est celle d'une véritable démocratie : l'opposition n'est pas baillonnée et la presse est libre et fort vivante.

L'évolution de l'île Maurice est d'abord marquée par sa relative réussite économique : les revenus procurés par le tourisme et surtout par les industries de transformation de la " zone franche " viennent soutenir ceux qui sont encore apportés par le sucre.

1985Mort de Sir Seewooosagur Ramgoolam.C'est bien la fin d'une époque.