Prenant le pseudonyme de M.-F. Robinary, Ary Robin (1892-1971) a été le premier de ces journalistes littérateurs.Ses poèmes sont réunis en 1927 dans le recueil Les Fleurs défuntes(qui connaît une nouvelle édition en 1958). Sa poésie n'a rien de très original : des lamentations sur des thèmes amoureux ou moralisateurs y sont mises en une noble forme parnassienne :
Jean-Joseph Rabearivelo tranche vite, par ses bonheurs d'expression et par la flamme qui l'anime, sur l'ensemble des aimables versificateurs qui l'entourent.Une autre exception, peut-être, qui est d'ailleurs un de ses familiers, avec qui il travaille à la rédaction de la revue Capricorne: le mystérieux Robert-Jules Allain, métis de mère malgache (il était né en 1905), qui meurt brutalement en 1934, alors qu'il préparait la parution d'un recueil de poèmes ( Essais avant que d'entreprendre).
Les poètes de l'entre-deux-guerres restent d'ailleurs très confidentiels : quelques poèmes dans des journaux ; parfois des textes envoyés à des concours de poésie et couronnés de récompenses plus ou moins illusoires...Quelques noms et quelques exemples sont cités par Régis Rajemisa-Raolison dans son étude sur Les Poètes malgaches d'expression française(1983) : Félix-Marie Razanakoto, Désiré Ramandraivonona (auteur par ailleurs de curieuses spéculations sur la valeur sémantique des racines des mots malgaches), Pénombre Andriampenomanana, Ignace-Marie Ratrimoarivony... Les modèles de ces poètes des années 1930 restent ceux du siècle antérieur : Lamartine, peut-être Hugo, souvent Sully-Prudhomme.Les premiers poèmes de Jacques Rabemananjara sont écrits à Tananarive, dans ce contexte de poésie surannée.
À la fin des années 1940 paraissent quelques recueils, dont les titres montrent bien la continuité avec cette poésie désuète : Illusoire ambiance(1947) de Randriamarozaka, Souffles de printemps(1947) de Raymond Abraham, Une gerbe oubliée(1948) de Paul Razafimahazo, Les Fleurs de l'île rouge (1948) de Régis Rajemisa-Raolison. Cette inspiration se prolonge encore avec les poèmes de Richard Raherivelo ( La Réminiscence, 1961 ; Aux portes de la nuit, 1966), de Paul Rakotonirina ( Seuil d'éternité, 1960), de Pierre Randrianarisoa ( Premiers visages, 1961) et même dans la versification plus libérée des poètes récents comme Jean-René Randriasamimanana ( Riana, 1977).
Tous ces poètes cultivent une mélancolie discrète, qui doit donner une tonalité malgache à leurs vers.Un sourire parfois, comme dans les badinages d'Elie-Charles Abraham (qui publie trois plaquettes entre 1940 et 1949) :
Certains poètes tentent de raccorder leur inspiration à la tradition poétique malgache.Fidélis-Justin Rabetsimandranto publie en 1958 La Nymphe dorée, " histoire légendaire malgache adaptée et transcrite en vers français ". Le travail de Flavien Ranaivo sur la traduction de genres anciens lui a valu une renommée débordant largement les rivages de l'île.
Le grand numéro spécial de la revue Présence africainepublié en 1966 par le poète guyanais Léon Gontran Damas, sous le titre " Nouvelle Somme de poésie du monde noir ", révélait deux poètes malgaches qui s'inscrivaient ainsi dans la mouvance de la poésie de la négritude (et qui rompaient avec la forme vieille des poètes malgaches antérieurs). Thomas Rahandra dessinait la figure du poète militant, porte-parole des victimes et des parias :
Lucien Xavier Michel Andrianarahinjaka donnait aux strophes de Terre promise (un recueil a depuis paru sous ce titre en 1988) un souffle d'une belle ampleur méditative.Ce poème était d'autant plus émouvant que les lecteurs attentifs pouvaient y reconnaître des images de Rabearivelo, mais transformées, reformulées et nourrissant l'inspiration du jeune poète :