De toutes les îles de l'océan Indien, les Seychelles sont celles qui sont restées le plus longtemps en marge de l'Histoire.Ces 92 îles (mais les géographes ne s'accordent pas tous sur ce compte) n'ont pas connu de présence humaine permanente avant le XVIIIe siècle (et beaucoup d'entre elles sont encore inhabitées).D'abord escales des marins et des négriers, puis refuges des pirates, elles ont été colonisées à partir de l'île de France.C'est donc le français et le créole qui ont été les langues de la première occupation humaine des Seychelles.Mais la mainmise britannique, qui devient définitive en 1814, introduit une nouvelle langue : l'anglais.
Les Seychelles, qui ne se sont pas consacrées à la culture exclusive de la canne à sucre, n'ont pas eu besoin, comme Maurice et la Réunion, d'une abondante main-d'œuvre indienne.La seule immigration importante du XIXe siècle a été celle des " libérés " - ces esclaves saisis sur des bateaux négriers arraisonnés par la marine anglaise - qui, en s'intégrant à la population de l'archipel, lui ont donné un caractère africain plus prononcé qu'aux Mascareignes.
La situation linguistique seychelloise est donc caractérisée par le contact de trois langues : anglais, créole et français.Dans la pratique quotidienne et populaire, il est évident que le créole l'emporte largement.C'est la langue que tout le monde peut utiliser, alors que, comme l'indiquait une enquête réalisée en 1971, un peu plus de 37 % de la population totale affirmait parler l'anglais, et seulement 29 % le français.La constitution de 1979 a instauré un régime de trilinguisme assez souple, qui reconnaît au créole le statut officiel qui lui avait été jusqu'alors dénié.Le gouvernement s'est engagé dans une politique volontariste de promotion du créole, en décidant, en 1981, d'en faire la première langue des Seychelles.La réforme de l'enseignement institue l'alphabétisation en créole et lui donne statut de langue d'enseignement.
Au XIXe siècle, le français avait été maintenu comme véhicule essentiel de l'enseignement, qui était dispensé principalement par les écoles catholiques.C'est la mise en place d'un enseignement officiel (au XXe siècle) qui a donné à l'anglais un rôle croissant, surtout à partir de 1944.Une décision de 1970 tendait d'ailleurs à supprimer l'enseignement du français dans les premières années des classes primaires.
Aujoud'hui un équilibre tend à s'établir, donnant à chacune des langues un rôle à jouer dans la construction nationale seychelloise.
Le créole est la langue de la vie intime et quotidienne et donc de la culture populaire.Mais on peut distinguer plusieurs niveaux, depuis un créole fortement francisé et parlé par la bourgeoisie (qu'on appelle " créole fin ") jusqu'à un créole plus rustique (le " gros créole ", le " créole grand bois " ou bien encore le " gros créole mozambique "), qui est celui des paysans et auquel on attribue des marques africaines prononcées, - sans oublier le créole un peu artificiel des bulletins d'information à la radio ou de certains discours d'hommes politiques, qui se caractérise par nombre d'emprunts et d'interférences, avec l'anglais notamment.
Le français seychellois, qui se signale à l'oral par certaines caractéristiques propres (tendance à la disparition du [R] et surtout nasalisation très marquée de toute la séquence au contact de consonnes nasales), n'a qu'un rôle limité dans la vie de tous les jours.Il reste cependant une langue valorisée pour les circonstances importantes de la vie personnelle.Il est la langue des demandes en mariage faites dans les formes traditionnelles (et toujours les mêmes).On continue de chanter en français les anciennes romances qui font le charme des cérémonies familiales.Les annonces de décès se font aussi rituellement dans cette langue...