La modernité poétique réunionnaise est née d'un retour à la langue créole.Jean Albany, Jean-Henry Azéma inventent leur langue poétique quand ils se laissent habiter par le créole.Boris Gamaleya, retour d'exil, se passionne pour les contes populaires en créole, qu'il commence dès 1972 à recueillir et publier dans la presse.La plupart des poètes réunionnais contemporains ont écrit des poèmes dans les deux langues, français et créole.Un numéro spécial de la revue Action poétique, consacré en 1987 aux " Poètes de la Réunion ", donne d'ailleurs part sensiblement égale aux deux expressions.Cependant, des clivages marqués continuent d'opposer les usages folkloriques, voire exotiques ou parodiques du créole littéraire, à la recherche militante d'une identité par la langue.
La publication, en 1984, de l'anthologie d'Alain Armand et Gérard Chopinet, La Littérature réunionnaise d'expression créole, constitue une date importante pour la reconnaissance du fait littéraire créole à la Réunion.Cet ouvrage, qui dresse le tableau d'un siècle et demi de production littéraire en créole réunionnais, paraît au moment même oû s'affirme une " renaissance créole ".
Les premiers textes avaient été les Fables créoles (1828) de Louis Héry, qui cherchait sans doute à rivaliser avec les Essais d'un bobre africain du Mauricien François Chrestien.L'ouvrage devait être plusieurs fois réédité et augmenté (en 1849, 1856 et 1883) : c'est l'indice qu'il a dû être bien accueilli par le public réunionnais, qui y retrouvait de plaisantes connivences.
D'autre part, le XIXe siècle, qui a l'âme philologue, se préoccupe de comprendre les filiations et généalogies des langues : le créole (le "patois créole" , comme on dit le plus souvent) est un exemple de choix pour argumenter dans les querelles de linguistes.On voit donc plusieurs érudits réunionnais entrer en correspondance avec l'éminent linguiste allemand Hugo Schuchardt, lui adresser des textes en créole.Auguste Vinson et Volcy-Focard se disputent, déjà, sur la genèse du créole et la place qu'il faut reconnaître au malgache dans sa naissance.
La chanson en créole est un genre très pratiqué.Mais la plupart d'entre elles, transmises de chanteur à chanteur, presque jamais éditées, ni même simplement notées, sont sorties de la mémoire réunionnaise.On a pourtant gardé le souvenir de Célimène, " la poétesse créole ", qui chantait sur sa guitare pour les passagers des diligences descendus se rafraîchir à son auberge. (1)
Dans la première moitié du XXe siècle, quelques revues (La Jeunesse littéraire (1929-1931), puis La Revue littéraire (1930-1934), toutes deux publiées sous l'impulsion de Raymond Nativel), accordent une place à des textes en créole, pour le divertissement des lecteurs.Georges Fourcade, le " barde créole ", publie en 1928 ses Z'histoires la caze, très favorablement acueillies par la presse locale, et plusieurs fois rééditées jusqu'en 1938 (et de nouveau en 1976) : l'ouvrage rassemble des chansons, poèmes, fables, saynettes imagées et piquantes.Il s'agit d'amuser le lecteur en lui faisant apprécier la naîveté et le pittoresque d'un " patois " qui bouscule plaisamment le bon usage du français.Le succès de Fourcade reste donc très ambivalent : illustration du créole comme langue de plaisir, mais en même temps affirmation de la supériorité du lecteur, dont le sourire atteste la maîtrise du " bon " français...En 1939 paraît un recueil de Contes créoles inédits, sous le pseudonyme de Pa Sarles : publié à Madagascar, le livre reste ignoré à la Réunion, mais il atteste la permanence d'un foyer de culture créole chez les Réunionnais installés dans la Grande Ile.En 1953 encore, Claire Bosse continue dans la voie ludique tracée par Georges Fourcade, avec L'Grenier d'pays Bourbon.
Le renouveau (ou, comme proposent de dire Armand et Chopinet, le bardzour, c'est-à-dire, en créole, " l'aube ") de la culture créole se dessine quand on (re) découvre la littérature orale.L'opinion commune, largement répandue, était qu'il n'existait pas, ou qu'il n'existait plus, de tradition populaire.De fait, avant 1970, on n'avait publié aucun recueil de contes anciens ; il n'y avait pas pour la Réunion l'équivalent du travail de Charles Baissac pour le folklore, les proverbes et les devinettes de Maurice.Boris Gamaleya, rentrant d'exil, a eu le mérite d'être le premier à recueillir des contes sur le terrain et de les publier, en 1972, dans le journal militant Témoignages, puis en 1974 dans Barzour mascarin.En mettant au jour un passé de culture oubliée, Gamaleya entend donner racine à une identité réunionnaise.Le retour sur l'oralité créole ne se disjoint pas de l'action engagée.
Parallèlement, des chercheurs universitaires entreprennent des collectes systématiques.Le Centre Universitaire de la Réunion publie en 1977, sous la responsabilité de Christian Barat, Michel Carayol et Claude Vogel, un recueil de 25 contes, Kriké Kraké, accompagné d'une cassette procurant la reproduction de quelques uns des enregistrements originaux des conteurs.Cette remarquable publication, auréolée du prestige universitaire, légitime alors l'intérêt porté à l'oralité réunionnaise.D'autres ouvrages, bilingues, diffusent des ensembles de contes de la Réunion et des îles créoles de l'océan Indien (Les Aventures de Petit Jean, 1978 ; Lièvre, Grand-Diable et autre, 1979 : les textes de ces deux volumes ont été établis par Michel Carayol et Robert Chaudenson).Il semble d'ailleurs que ces éditions aient stimulé la pratique orale et que l'on ait, en plusieurs lieux de l'île, redécouvert le plaisir de dire et d'écouter des contes.
Robert Chaudenson (dans l'Encyclopédie de la Réunion) classe les cent cinquante contes (environ) recueillis par les chercheurs en trois groupes, assez clairement distingués par leurs thèmes et leur dispersion géographique.Le cycle de Petit-Jean et de Grand-Diable est répandu dans toute l'île (avec cependant une fréquence plus grande dans les Bas que dans les Hauts).Les contes d'animaux (autour de Compère Lièvre) sont moins nombreux, et surtout entendus dans les Bas.Les contes merveilleux et romanesques sont des versions légèrement créolisées des contes traditionnels français (Cendrillon, Peau d'Ane, Barbe Bleue, etc.) : on les raconte surtout dans les Hauts.On peut, avec les anthropologues, admettre une origine plutôt africaine aux contes d'animaux, reconnaître une spécificité insulaire du cycle de Petit-Jean et Grand-Diable, qui métisse des motifs de provenances très variées (africaine, malgache, peut-être indienne, etc.).Tous ces contes, souvent introduits et scandés par la formule rituelle Kriké Kraké, trament l'imaginaire réunionnais et tracent des lignes d'appartenance : il n'est sans doute pas insignifiant que la population " noire " des Bas, dont les ancêtres formaient les gros bataillons d'esclaves, ait une prédilection pour les contes d'animaux, qui magnifient la ruse et la revanche du faible et de l'opprimé sur le puissant.
Proverbes et zé d'mo (" jeux de mots ") constituent, avec les contes, le pilier fondamental de l'oralité créole." Les proverbes réunionnais sont le reflet d'une société dure, dans laquelle les rapports sociaux, fondés sur les préjugés raciaux, l'autorité, la force, engendrent tensions et conflits.Pour maintenir cet équilibre précaire, il convient de mettre en avant les " valeurs négatives que sont la patience, la résignation, l'acceptation de la fatalité " (Robert Chaudenson).
Les zé d'mo sont des devinettes, équivalant aux sirandanes mauriciennes (ce dernier terme a d'ailleurs été introduit récemment à la Réunion).Les formules commencent souvent par la question introductive : kosa in soz ? (" qu'est-ce que c'est? ").Mais la mutation des genres de vie, la disparition ou la transformation des veillées traditionnelles, suppriment les occasions privilégiées de perpétuer ces fulgurations malicieuses du génie créole.
Cet intérêt renouvelé pour l'oralité s'accompagne, dans les années 1970, d'un débat sur le statut linguistique et social de la langue créole.Un manifeste collectif, Lanseyeman la Rénion in plan kolonialise (1970), signé du pseudonyme Sarcemate (emprunté au nom d'un esclave marron), pose, en créole, le problème de la situation de l'enseignement à la Réunion et de la place que devrait y occuper le créole.Mais ce sont les travaux des linguistes universitaires, et particulièrement la publication de la thèse de Robert Chaudenson, Le Lexique du parler créole de la Réunion (1974), qui objectivent et légitiment le créole en tant que langue.Or si le créole est reconnu comme une langue à part entière et non un vague " patois ", si on lui procure une graphie normalisée (on en propose une en 1977, et elle est assez largement acceptée (2), c'est qu'il est apte à susciter une littérature écrite, qui ne soit plus seulement de parodie. C'est bien ce que les faits ont vérifié.
La littérature créole réunionnaise assurée de sa légitimité est inaugurée par les recueils poétiques de Jean Albany (Bleu mascarin, 1969, même si on peut encore y suspecter quelque complaisance nostalgique pour des thèmes et des formes " doudouistes ") et surtout d'Anne Cheynet (Matanans et langoutis, 1972), dont les textes se veulent les armes d'une lutte de libération :
En 1976-1977, les défenseurs du créole publient des revues militantes et multigraphiées, Bardzour, puis Fangok, où paraissent, à côté d'articles théoriques, les poèmes, chansons, nouvelles des écrivains créolistes : Alain Armand, Anne Cheynet, Axel Gauvin, Robert Gauvin, Daniel Hoareau, Patrice Treuthard, etc.Le théâtre attire, puisqu'il permet de faire parler le créole : L'Esclave (1977) de Marc Kichenapaïdou mêle dans les dialogues français et créole.
Le premier numéro de la revue Fangok (" Revue culturelle réunionnaise, paraissant tous les trois mois, Imprimerie " Fangok ", Tampon ") est publié en août 1978, sous forme d'une brochure multigraphiée.Il est introduit par un éditorial en forme de manifeste :
Voici une nouvelle revue culturelle qui naît.Au nom surprenant pour les non-initiés.Fangok.
Le fangok, c'est ce petit outil que l'on trouve dans toutes les familles réunionnaises qui ont un terrain, un bout de cour, un coin de rocaille, quelques fanjans.
Bien tenu en main, il aide à ôter les mauvaises herbes, à ameublir la terre, à permettre aux fleurs de s'épanouir.Entre deux rocs il trouve encore la place où creuser un trou pour planter quelques graines qui ne demanderont ensuite qu'à se développer.
Outil modeste, mais efficace...Indispensable.Il est pour nous symbole d'action, de persévérance, d'espoir.
Grâce à notre " fangok ", nous travaillerons dans quatre directions :
I) Pour retrouver notre histoire et mieux la faire connaître.
II) Pour développer la littérature réunionnaise, qu'elle soit d'expression créole ou française, en permettant en particulier aux jeunes écrivains de s'exprimer et de progresser par des échanges et une critique constructive.
III) Pour défendre et promouvoir notre langue de prédilection, le réunionnais, trop longtemps combattu, méprisé.
IV) Pour établir des contacts culturels avec les pays dont nous sommes solidaires et en premier lieu avec nos voisins de l'océan Indien.
Des progrès ont déjà été réalisés dans la reconnaissance de notre langue et de notre culture.Mais beaucoup reste à faire et nous espérons, grâce à nos coups de " fangok ", aider le peuple réunionnais à mieux prendre conscience de sa personnalité authentique.
L'essai d'Axel Gauvin, Du créole opprimé au créole libéré (1977), donne une assise théorique au mouvement créoliste, en plaidant pour un bilinguisme de raison, qui donnerait au créole une juste place dans la vie réunionnaise.Zistoir Kristian (1977) présente l'autobiographie d'un jeune homme d'origine indienne, contraint à l'exil et devenu maçon en métropole.Le fait que l'ouvrage soit édité à Paris, en une version bilingue, apporte une consécration extérieure à la littérature moderne en créole réunionnais.Daniel Honoré s'impose, avec Louis Redona (1980), comme le romancier de l'errance douloureuse et de l'identité difficile.Cemin Bracanot' (1984) et Marceline doub'kèr (1988), continuant dans la même veine, confirment son talent.Les poètes font vibrer la langue maternelle dans des textes directs, pour dire les sursauts de la révolte, mais aussi les émois du cœur, l'émerveillement devant la beauté du monde.Alain Armand écrit des poèmes militants, qu'il veut immédiatement accessibles au plus grand nombre de lecteurs (Zordi, 1978 ; Kazé brisé, 1979).Daniel Hoareau (alias Daniel Waro), condamné à la prison et à l'exil pour son refus du service militaire, a retrouvé dans Romans ékri dan la zol an Frans (1979) le rythme du maloya (c'est-à-dire d'une forme de chanson venue du temps de l'esclavage, longtemps combattue et occultée) :
Même passion pour le maloya chez Patrice Treuthard (Kozman maloya, 1977) :
Outre ses poèmes en créole, Axel Gauvin, pour répondre à la polémique soulevée par la publication en français de son roman Quartier Trois Lettres, en a fait paraître la version créole : Kartyé trwa lèt (1984).
Malgré le retentissement donné à la production littéraire réunionnaise par la publication d'une anthologie de poèmes en créole dans la revue Action poétique (1987), la fin de la décennie 1980 est marquée par un relatif tarissement de la production écrite en créole.Sans doute prend-on conscience, après l'effervescence heureuse des années de renouveau, de la difficulté qu'il y a à écrire dans une langue de l'oralité.Aussi voit-on l'expression créole s'épanouir plutôt du côté de la chanson.Plusieurs groupes de maloya se révèlent à partir de 1975, en particulier la troupe Flanboiyan, qui emprunte souvent ses textes dénonciateurs aux poètes de langue créole.Le groupe Ziskakan explore les posibilités de spectacles mêlant chansons, poèmes, sketches en créole : il a élargi son champ d'activité du côté de l'édition, de la radio, de la diffusion culturelle sous toutes ses formes.
D'expression française ou créole, la littérature réunionnaise s'est remarquablement développée en une vingtaine d'années : moribonde au début des années 1960, elle est l'objet, à la fin des années 1980, de toutes les attentions, des institutions politiques qui soutiennent une politique dynamique d'édition, comme de l'université, qui inscrit les textes réunionnais à ses programmes.Le passage à l'école, la mise en contact de ces textes avec les enfants de l'île sera la meilleure assurance de vitalité pour la littérature réunionnaise.
Né en 1917à Saint-Denis de la Réunion, Jean Albany s'est exilé en 1937, pour entreprendre à Paris des études supérieures (droit et chirurgie dentaire). Il est mobilisé en 1939, comme élève-officier à l'école d'artillerie de Fontainebleau et écrit ses premiers poèmes sur les routes de la retraite de 1940.Il commence à peindre dans ces années 1940 : il aura l'occasion d'exposer ses toiles dans plusieurs pays (en particulier au Musée Léon Dierx de Saint-Denis de la Réunion).De 1945 à 1948, il est de retour dans son île natale.Puis il s'installe comme chirurgien-dentiste à Paris, qu'il abandonne parfois pour des voyages dans les pays méditerranéens (Espagne, Algérie, Italie et surtout Grèce, d'oû il ramène poèmes et proses évocatrices) et pour quelques séjours à la Réunion.Il meurt à Paris le 26 octobre 1984.
1930 (18 décembre)Naissance à Saint-Louis de Boris Gamaleya, d'un père d'origine russe et d'une mère créole.Il passe sa première enfance à Make.Chez un grand oncle, petit propriétaire, il apprend à connaître de l'intérieur la vie rurale réunionnaise.Il s'engage dès ses années de lycée dans l'action militante, au Parti Communiste Réunionnais.
1950Il abandonne l'École Normale d'Instituteurs d'Avignon, oû il avait été admis, pour mener une vie étudiante plutôt chaotique, voyager en Europe de l'Est.
1955 Il rentre à la Réunion et enseigne dans plusieurs villes.
1959 Il devient membre du Comité Directeur du Parti Communiste Réunionnais.
1960 Arrêté lors d'une manifestation en faveur de l'autonomie de la Réunion, il est exilé en France en application de l'" ordonnance Debré " qui donnait au gouvernement le pouvoir de rappeler en métropole les fonctionnaires dont l'activité était jugée " de nature à troubler l'ordre public ".
Il apprend le russe, va étudier un temps à Moscou, s'intéresse à la langue créole et à la culture populaire.
1972Il rentre à la Réunion.Il collecte les contes et autres témoignages de la mémoire populaire.
1973Vali pour une reine morte, Poèmes de l'exil, Saint-Denis, Réunion Edition Impression [Poésie]. Réédition : Saint-André, Graphica, 1986.
1978La Mer et la Mémoire/Les Langues du Magma, Saint-Denis, A.G.M. [Poésie].
1983Le Volcan à l'envers ou Madame Desbassyns, le Diable ou le Bondieu", Préface de Mgr Gilbert Aubry, Saint-Leu, Presses du Développement [Théâtre].
1987Le Fanjan des pensées, Zanaar parmi les coqs, Saint-Denis, A.G.M. [Poésie].
À consulter :
BENIAMINO, Michel, Lecture de " Vali pour une reine morte " de Boris Gamaleya, Saint-Denis, Université de la Réunion, 1985.
Cette chronologie indique les principaux recueils de langue française qui ont marqué le renouveau poétique réunionnais depuis 1950.
On n'a retenu ici que les dates et les publications-clefs.On trouvera une bibliographie chronologique plus complète dans : Alain Armand et Gérard Chopinet, La Littérature réunionnaise d'expression créole, 1828-1982", pp. 429-435.
1715Première mention, à l'occasion d'un procès, d'une phrase en créole réunionnais (elle est citée par Henri Azéma, Bulletin de l'Académie de la Réunion, n° 9).
1828Louis HÉRY, Fables créoles, Saint-Denis, Imprimerie Lahuppe.
1849 Louis HÉRY, Esquisses africaines, Fables créoles et explorations à l'intérieur de l'île Bourbon, Saint-Denis.
1856Louis HÉRY, Nouvelles esquisses africaines, Saint-Denis, Imprimerie Delval.
1866Traduction en créole, par deux prêtres réunionnais, de la bulle Ineffabilis, qui proclamait le dogme de l'Immaculée Conception.
1882Publication de textes créoles de P. DUCLOS et Auguste VINSON dans le Bulletin de la Société des Sciences et Arts de la Réunion, pp. 88-129.
1883Louis HÉRY, Esquisses africaines, Paris, Typographie Rigal.Louis TROUETTE, " Le Conte du Chat botté ", in Revue de linguistique et de philologie comparée, t. XVI, Paris, pp. 64-71.
1884Le journal Le Sport colonial (n° 474 du 27 juillet 1884) publie une chanson de CÉLIMÈNE, " Missié L. et blanc malhonnête ".VOLCY-FOCARD donne plusieurs chansons au Bulletin de la société des Sciences et Arts de la Réunion, pp. 179-239.
1888Publication de quelques " chansons créoles de la Réunion " par H. LARAY, dans le Bulletin de la Société de linguistique de Paris, t. VII, pp. 146-152.
1928 Georges FOURCADE, Z'istoires la caze, Saint-Denis, Drouhet.
1930 La revue La Jeunesse littéraire donne une place au créole (chroniques, poèmes, etc.) dans une rubrique intitulée " Le coin du Bourbonnais ", qui émigrera par la suite dans La Revue littéraire, où elle deviendra " Le coin créole ".
1932La Revue littéraire organise un concours littéraire de textes en créole : le premier prix est décerné à un conte créole de Georges Fourcade.
1938 Réédition de : Georges FOURCADE, Z'istoires la caze, Tananarive, Imprimerie Industrielle.
1939 PA SARLES, Contes créoles inédits, Tamatave, Imprimerie Sabattié.
1951 Claire BOSSE, L'Grenier d'Pays bourbon, Saint-Denis, Société Anonyme d'Imprimerie et de Papeterie.
1969Jean ALBANY, Bleu mascarin, Paris, chez l'auteur.
1970SARCEMATE, Lanseyeman la Rényon in plan kolonialise, Saint-Denis, R.E.I.
1972Anne CHEYNET, Matanas et langoutis, Saint-Denis, R.E.I. Publication du conte " Callandiak ", recueilli par Boris Gamaleya, dans Les Cahiers de la Réunion et de l'océan Indien, n° 1.
1974Robert CHAUDENSON, Le Lexique du parler créole de la Réunion, Thèse, Paris, Champion. Publication de " Contes populaires créoles " par Boris Gamaleya, dans Bardzour mascarin, pp. 1-54.Jean ALBANY, P'tit glossaire, le piment des mots créoles, Paris, chez l'auteur.
1976La revue Bardzour publie des textes et poèmes en créole par Boris Gamaleya, Daniel Hoareau, A. Vavet (alias Axel Gauvin), Zano... Réédition de Georges FOURCADE, Z'istoires la caze (édition de Tananarive), Marseille, Jeanne Laffitte.Jean ALBANY, Bal indigo, Paris, chez l'auteur.Jean ALBANY, Poèmes et chansons de l'île de la Réunion, Paris, chez l'auteur.
1977Le groupe " Oktob 77 " propose une graphie normalisée, que beaucoup d'écrivains vont utiliser. Axel GAUVIN, Du créole opprimé au créole libéré, Paris, L'Harmattan.Les revues Bardzour et Fangok continuent de publier poèmes, contes et nouvelles en créole. Jean ALBANY, Fare-fare, Paris, chez l'auteur.Christian BARAT, Michel CARAYOL et Claude VOGEL, Kriké Kraké, Saint-Denis, Centre Universitaire de la Réunion.Michel CARAYOL et Robert CHAUDENSON, Les Aventures de Petit Jean, Paris, Edicef. CHRISTIAN/KRISTIAN, Zistoir Kristian", Mes aventures, histoire vraie d'un ouvrier réunionnais en France, édition bilingue, Paris, Maspero.Patrice TREUTHARDT, Kozman maloya, Saint-Denis, Les Chemins de la Liberté.
1978Alain ARMAND, Zordi, Saint-Denis, Les Chemins de la Liberté.FRERE DIDIER, Zistoires longtemps, Saint-Denis, A.G.M. Daniel HOAREAU, Romans ekri dan la zol an Frans, Saint-Denis, Les Chemins de la Liberté.
1979 Publication d'une cassette de poèmes et chansons de Jean Albany : Chante Albany. Jean ALBANY, Percale, Paris, chez l'auteur.Alain ARMAND, Kazé brizé, Saint-Denis, Les Chemins de la Liberté.Claire BOSSE, Voilà la Claire Fontaine, les Fables de La Fontaine en créole, Saint-Denis, A.G.M.Patrice TREUTHARDT, 20 désanm et d'entre tous les Zanzibar, Saint-Denis, Les Chemins de la Liberté.Édition trilingue (créole mauricien, créole réunionnais, français) de : Dev VIRAHSAWMY, La fimé dâ li zié et Li, Saint-Denis, Les Chemins de la Liberté.Marc Kichenapaïdou écrit sa pièce L'esclave en mêlant français et créole.
1980 FRÈRE DIDIER, Z'histoires gran-mère et fables créoles, Saint-Denis, A.G.M.Daniel HONORÉ, Louis Redona, Saint-Denis, Les Chemins de la Liberté.Daniel HONORÉ, Ti flère la misère, Saint-Benoit, chez l'auteur.
1981Jean ALBANY, Indiennes, Paris, chez l'auteur.
1982 Parol/Ziskakan, Saint-Denis, Ed. Ziskakan [Chansons].
1983Jean ALBANY, Supplément au P'tit glossaire, le piment des mots créoles, Paris, chez l'auteur.Axel GAUVIN, Romans po detak la lang demay le kèr, Saint-Leu, Presses de Développement.
1984 Alain ARMAND et Gérard CHOPINET, La Littérature réunionnaise d'expression créole, Paris, L'Harmattan.Robert GAUVIN, Panorama de la littérature en langue créole réunionnaise, in : Lambert Félix PRUDENT, Anthologie de la nouvelle poésie créole, Caraîbe, océan Indien, Paris, Éditions Caribéennes.Axel GAUVIN, Kartyé trwa lèt, Saint-Denis, Ed. Ziskakan.Axel GAUVIN, Po lodèr flèr bibas, teat 2 ak 7 tablo, Saint-Leu, Presses de Développement.Daniel HONORÉ, Cemin Bracanot', Saint-Leu, Presses de l'I.L.R.
1987Anthologie de poèmes en créole dans " Fon n'kézèr la Rénion/Poètes de la Réunion ", n° spécial d'Action poétique (n° 107-108).Danyèle WARO, Gafourn, Saint-Denis, Éditions Ziskakan.
1988Daniel HONORÉ, Marceline doub'kèr, Saint-Denis, UDIR.
1989Céline HUET, Maloya pour la mer, Saint-Denis, Éditions Réunion.
Pour une vue d'ensemble de la " créolité littéraire " à la Réunion, on pourra se reporter à l'Encyclopédie de la Réunion (tome 7, " La Littérature réunionnaise "), ainsi qu'aux diverses anthologies de poésie réunionnaise (cf. supra la " chronologie de la modernité poétique réunionnaise " et la " chronologie de la littérature créole réunionnaise ").
Jean-François Sam-Long a procuré un très utile Guide bibliographique de la poésie réunionnaise d'expression française et créole (1976-1989), Saint-Denis, Éditions du Tramail, 1990.
Il existe encore peu d'études sur la poésie réunionnaise.On signalera :
MARIMOUTOU, Carpanin, L'Île-Ecriture (Albany, Azéma, Gamaleya, Lorraine, Gueneau, Debars) Ecriture du désir, écriture de l'île, mauvaise conscience et quête de l'identité dans la poésie réunionnaise de langue française, Saint-Denis, Éditions Goutte d'eau dans l'océan, 1980.
ROCHE, Daniel-Rolland, Lire la poésie réunionnaise contemporaine, Saint-Denis, Collection des travaux du Centre Universitaire, 1982.
Figures de la littérature réunionnaise contemporaine, Saint-Denis, C.C.E.E./Région Réunion, 1988.
SAM-LONG, Jean-François, De l'Elégie à la Créolie!, Saint-Denis, UDIR, 1989.
IXe-XVe siècles.Les Seychelles sont sans doute reconnues et visitées par des navigateurs arabes (on leur a parfois attribué l'introduction du cocotier dans ces îles).Il semble bien que ce soient elles qui sont désignées par le nom de " Zarin " (qui veut dire : " les Sœurs ") dans les travaux d'un géographe arabe du XVe siècle.
XVIe siècle.Dès les premières années du siècle, les découvertes portugaises se succèdent.En 1500, Cabral aurait aperçu les Seychelles.En 1501, João de Nova aborde plusieurs îlots (ce sont aujourd'hui les Farquhar).En 1502, Vasco de Gama repère les Amirantes.Les cartographes donnent une place aux Seychelles sur leurs portulans et les appellent " les Sept Sœurs " ou " les Frères ".
Au long du siècle, d'autres navigateurs y abordent : marins britanniques (en 1609, ils donneront la première description détaillée de quelques unes des Seychelles), Hollandais, Français, etc.
XVIIe siècle.Les Seychelles deviennent lieux de mouillage régulier pour les pirates de la mer des Indes.Ils y ont peut-être enterré des trésors...On continue de les chercher...
1742.Mahé de La Bourdonnais, gouverneur général des îles de France et de Bourbon, fait reconnaître les Seychelles : il s'agit, en repérant les écueils, d'établir une ligne de navigation sûre pour les flottes françaises en route pour les comptoirs de l'Inde.Le commandant Lazare Picault débarque sur une grande île, qu'il trouve déserte et qu'il appelle " île d'Abondance " en raison de l'excellence des " rafraîchissements " qu'elle permet.Il la baptisera plus tard " Mahé " en l'honneur de La Bourdonnais.En 1744, Picault revient et explore l'île de " Palme " (aujourd'hui Praslin).
1756.Une nouvelle expédition française, envoyée depuis l'île de France, prend possession de l'archipel au nom du roi de France.Son commandant, Morphey, dépose une pierre gravée aux armes de France.Il donne aux îles le nom du contrôleur général des finances de Louis XV, Moreau de Séchelles.Ce nom connaîtra des orthographes diverses : " Saichelles ", " Seichelles ", " Séchel ", etc.La forme " Seychelles " s'est finalement imposée.
1768.Le Secrétaire d'État à la Marine de Louis XV, le duc de Praslin, ordonne de nouvelles missions de reconnaissance de l'archipel des Seychelles (notamment celles de Marion Dufresne et de Grenier).
1770.Installation d'un premier établissement sur l'île Sainte-Anne, financé par Brayer du Barré et commandé par Delaunay.Les vingt-six hommes et femmes débarqués commencent à cultiver maïs, manioc, riz, patates, café, etc.L'année suivante, Gillot est envoyé pour créer un " Jardin du Roi " à Mahé.
Ces établissements marquent l'installation des premiers vrais Seychellois.Mais les débuts sont difficiles : mésententes diverses, exactions de déserteurs, dépérissement des cultures, pillage écologique (les tortues sont massacrées pour assurer des vivres aux bateaux de passage).
1778.Un représentant du roi, le lieutenant de Romainville, est envoyé avec quinze soldats pour rétablir l'ordre et créer un établissement stable (il s'appellera d'abord " L'Établissement ", puis " Port-Royal ", avant de devenir Victoria, la capitale des Seychelles).
L'agriculture (notamment la culture des épices au " Jardin du Roi ") se développe, ainsi que le rôle stratégique d'escale maritime.La population augmente très lentement (une trentaine de colons et environ deux cents esclaves en 1788).
1790. La nouvelle de la Révolution française éveille des idées d'autonomie parmi les colons.Mais des commissaires, envoyés de l'île de France, réorganisent l'administration et mantiennent les îles dans la mouvance française.
1794.Arrivée d'un nouveau commandant des Seychelles, Quéau de Quinssy, qui rétablit le calme.Il tente de préserver l'archipel des attaques anglaises, en signant des " capitulations " (huit jusqu'en 1810).Selon le passage des flottes de guerre, les Seychelles reconnaissent l'autorité de la France ou de l'Angleterre...
A la fin de la période française, entre 1794 et 1810, les Seychelles connaissent une indéniable prospérité : de nouveaux colons s'installent (on comptait 2 000 habitants en 1804, 4 000 en 1810), la culture du coton prospère.
Bonaparte y déporte des " terroristes ".En 1805 débarque un mystérieux personnage qui tentera de se faire passer pour le dauphin (Louis XVII), fils de Louis XVI.
1811.Prise de possession des Seychelles par Sullivan, au nom du roi d'Angleterre.Les colons doivent prêter serment d'allégeance au nouveau pouvoir.La population de l'archipel continue de croître (7 000 habitants en 1818).Mais la culture du coton subit la concurrence du coton américain, vendu meilleur marché en Europe.L'archipel se tourne vers le tabac, la canne à sucre, l'huile de coprah.
1813La traite des esclaves est officiellement interdite.Elle continue cependant de manière clandestine.Les mesures de contrôle sont renforcées en 1824.
1835.Le 1er février, l'abolition de l'esclavage est appliquée aux Seychelles.L'état nominatif et estimatif de la ci-devant population esclave recense 6 521 personnes libérées (sur environ 7 500 habitants).
Les anciens propriétaires sont indemnisés.Les libérés devaient théoriquement continuer à travailler chez leurs anciens maîtres comme " apprentis " (ce système devait durer jusqu'en 1839).
L'abolition entraîne un rapide déclin du régime des grandes propriétés.Certains colons abandonnent l'archipel.D'autres se tournent vers l'exploitation des cocoteraies, moins demandeuses de main-d'œuvre.La population diminue entre 1830 et 1840 (de 8 500 à 5 500 habitants).
Dépendance de Maurice, les Seychelles s'enfoncent dans l'oubli et la stagnation.
1851.Le Père Léon des Avranchers relance l'activité de l'église catholique, malgré l'hostilité des autorités anglaises et les efforts des pasteurs anglicans.Le catholicisme s'appuie sur la langue française toujours présente dans l'île et réciproquement contribue à la maintenir par ses petites écoles dans les paroisses.
1861.Première arrivée de " libérés " : il s'agit d'Africains que des boutres arabes emmenaient en esclavage aux pays du Nord de l'océan Indien ; délivrés par les " croisières " britanniques, ils sont débarqués aux Seychelles où ils s'intègrent rapidement.Environ 3 000 personnes vont ainsi venir accroître la population seychelloise, entre 1861 et 1874.
1862 (12 octobre).Une énorme tempête soulève une " avalasse " qui engloutit tout sur son passage.Ce cataclysme a fortement marqué la mémoire insulaire.
1869.L'ouverture du canal de Suez donne à Mahé un rôle d'escale privilégiée sur la route maritime d'Aden à Maurice.
Un redressement économique se dessine, fondé sur l'exploitation des cocoteraies et la culture de la vanille (introduite en 1866).Les îles éloignées sont exploitées pour le guano.
La construction de phares (1872, 1883), l'ouverture d'un hopital (1875), la création d'une banque (1887), la liaison télégraphique avec Londres (1894)marquent la modernisation de l'archipel.
La population de l'île, qui ne montait guère qu'à 7 500 habitants en 1860, passe à 10 000 en 1870, 14 000 en 1880, près de 16 000 en 1890, près de 20 000 en 1900.
1903.Les Seychelles sont érigées en " colonie " : elles ne sont donc plus une dépendance de Maurice.
La vanille perd de son importance au profit du coprah.On commence à exploiter la cannelle.
1914.La Première Guerre mondiale isole les Seychelles, condamnées à vivre en autarcie.La misère se répand.
Par ailleurs, les Seychelles sont utilisées par le gouvernement anglais comme lieu de relégation de prisonniers politiques coloniaux : le roi Prempeh des Ashanti de 1900 à 1924, le roi du Buganda, le roi du Bunyoro, etc.
1926.Installation de l'électricité et du téléphone.
Après une période de prospérité retrouvée au début des années 1920, les Seychelles subissent le contrecoup de la crise économique mondiale.
La population croît lentement : 24 523 habitants en 1921 ; 27 444 en 1931 ; 32 000 en 1939.
1940.Les Seychelles servent de base aéro-navale à l'armée britannique.Des volontaires vont se battre en Afrique.
Les difficultés de ravitaillement pèsent sur le niveau de vie.
1944.Une évolution politique s'esquisse.Dans un Conseil législatif remodelé, les notables locaux jouent un rôle plus important.
1947.Le gouverneur Percy Selwyn-Clarke lance un programme de réformes sociales et favorise la modernisation politique.
1964.Des partis politiques se fondent : le SPUP (Seychelle's People's United Party) de France-Albert René, qui réclame l'indépendance ; le SDP (Seychelles Democratic Party) de l'avocat James Mancham, qui est plus conservateur.
1967.Le SPUP perd les élections d'un siège.L'archipel reste donc encore quelques années sous la tutelle britannique.
1970.Le SDP obtient de la Conférence constitutionnelle de Londres un statut de large autonomie interne et James Mancham devient Chief Minister.
1975.La Seconde Conférence constitutionnelle de Londres définit le statut de colonie autonome appliqué aux Seychelles.
1976.La Troisième Conférence constitutionnelle débouche sur la proclamation de l'indépendance de la République des Seychelles (le 28 juin).
1977.Le coup d'État du 5 juin porte France-Albert René à la Présidence de la République.Il a été constamment réélu, depuis cette date, à la tête de l'État.
Une réorientation idéologique s'affirme : choix " progressistes " dans le domaine économique, social et culturel ; neutralisme " actif " en politique extérieure, tempéré par le pragmatisme de la conduite des alliances.
Le développement du pays (qui compte maintenant environ 70 000 habitants) se fonde sur la modernisation de la pêche, sur l'extension du tourisme (que l'on s'efforce cependant de contrôler).