En dehors des poètes exilés, qui se sont plus ou moins intégrés aux mouvements littéraires de la métropole, nombreux sont les Réunionnais qui ont composé et publié des poèmes à destination du seul public local.Les bibliographies et les anthologies citent plusieurs dizaines de noms.Car aux auteurs de recueils dûment répertoriés, il faut ajouter tous ceux qui ont donné quelques poèmes dans les revues locales (en particulier dans l'Album de la Réunion de Roussin, dans les publications de la Société des Sciences et Arts ou de l'Académie de la Réunion).De quoi justifier la réputation d'" île des poètes " que les Réunionnais attribuent volontiers à leur île (mais il s'agit d'un leitmotiv des mythologies insulaires : toutes les îles revendiquent de produire abondance de poètes, comme un privilège de l'insularité).
Les poètes de la Réunion suivent les modèles éprouvés, avec parfois le sage retard de quelques décennies sur l'évolution générale de la poésie de langue française (certains ont continué, jusqu'après le milieu du XXe siècle, de considérer l'esthétique parnassienne comme le nec plus ultra). Versificateurs, donc, plus que poètes en quête d'un langage.Ils regardent vers les formes du passé et pratiquent la poésie comme un jeu de société raffiné.
Car se vouloir poète signifie l'appartenance à une élite.Le jeu n'est pas purement gratuit.Il implique de conforter une position dominante, une prétention culturelle.Qui écrit des vers, dans la tradition française instituée, légitime ainsi l'ordre réunionnais.
Comme on veut surtout imposer l'image idyllique d'une " île heureuse ", on choisit une forme neutre (l'alexandrin incolore et passe-partout) ou vaporeuse et sublimée.Mais le poids que prend cette fonction idéologique (même si les auteurs n'étaient guère conscients de charger ainsi leurs textes) retire beaucoup, sinon tout, de leur éventuelle force poétique.
Il ne reste qu'à espérer des surprises heureuses (on en rencontre quelques unes) - quand le corset se déchire et que sous le pavé idéologique s'ouvre une plage de poésie, quand la plate transparence des " poèmes de Bourbon " se colore d'une vérité réunionnaise et que le goût du pittoresque se conjugue à tel bonheur d'expression...
Le destin douloureux d'Eugène Dayot a fixé sa figure de poète " mutilé ", littéralement dévoré par une terrible maladie.Né à Saint-Paul en 1810, il avait contracté la lèpre (peut-être lors d'un séjour à Madagascar).De l'âge de 20 ans jusqu'à sa mort (en 1852) il dut affronter les mutilations physiques et morales que la maladie lui infligeait.Il ne put terminer la chronique romanesque ( Bourbon pittoresque) qu'il publiait en feuilletons dans Le Courrier de Saint-Paul. Ses poèmes, qu'il avait rassemblés dans un recueil manuscrit (" Mon fauteuil "), ont été incomplètement publiés par son éditeur posthume, Raffray (Paris, Challamel, 1878).Malgré les clichés néo-classiques et la rhétorique pompeuse (ou grâce à eux), ils ont connu un long succès auprès du public réunionnais (d'autant que certains, mis en musique, s'étaient inscrits dans les mémoires).Plus que la mise en forme littéraire, c'est l'émotion de la plainte qui a touché les lecteurs :
Ernest Cotteret est resté, lui, plutôt méconnu.Son recueil, Les Sensitives, publié à l'île Maurice en 1862, n'offre guère que les demi-teintes d'une tristesse de bonne compagnie. Un poème, pourtant, a retenu l'attention.Dans " Le Chant du vieux nègre ", il donne la parole à un esclave :
Or cet esclave chanteur (qui semble s'apparenter au personnage forgé par le Mauricien François Chrestien, dont les Essais d'un bobre africainont paru pour la première fois en 1822) se révèle n'être personne d'autre qu'Ampanani, l'une des figures mises en scène par les Chansons madécassesde Parny :
On voit dans ces vers se tisser ce qui fait la " matière littéraire " des îles, car le poème de Cotteret dit surtout son plaisir à reprendre de Parny (et peut-être de François Chrestien) les éléments d'un imaginaire proprement insulaire.
Même effet d'intertextualité, ou plutôt de connivence littéraire, quand François Saint-Amand (dont le recueil Les Bourbonnaisesest édité également à Maurice, en 1858) dédie une ode " à la mémoire d'Eugène Dayot ".
Les anthologies de poésie réunionnaise ont complaisamment recueilli les poésies descriptives célébrant les paysages ou les " types humains " de l'île.Le culte de la femme, le goût de la Nature paraissent être les causes de la fertilité [comprenons, bien sûr : de la fécondité poétique] du sol de Bourbon : cette formule de Léon Ozoux (3) constate, en fait, que la poésie réunionnaise s'applique surtout à célébrer les beautés créoles, à chanter les amours heureuses ou malheureuses et à exalter la petite patrie insulaire.Ce sont les thèmes qui reviennent d'Étienne Azéma (contemporain de Bertin et Parny) aux poètes publiés par la Revue culturelle réunionnaise (4).Tous - Pascal Crémazy, Eugène Volcy Focard, Auguste Vinson, Georges-François, Louis Ozoux, Auguste de Villèle, Jean Ricquebourg (fasciné, au demeurant, par l'Indochine, où il a longtemps vécu), François Léonce Louis Ozoux, André Cazamian, Auguste Brunet, Félicien Vincent, Rapahaël Barquissau, Anne-Mary de Gaudin de Lagrange, etc. - tous ont pratiqué une littérature de " reportage ", à laquelle on pourrait attribuer la même fonction qu'aux " photos de famille " : garder une image, que l'on fixe dans le langage ennoblissant, dans la provisoire éternité de la versification.
On illustrera par un exemple, dû à la plume d'Auguste de Villèle, agronome, directeur de la Revue agricolede la Réunion, qui publia à l'île Maurice un recueil de poésies exotiques ( Rayons de miel, 1926). Son sonnet de " L'Île natale " (daté du 13 janvier 1907) est comme un archétype de la poésie coloniale et de la mythologie insulaire : l'île natale est le paradis... parce qu'elle est l'image australe de la lointaine métropole :
Vers raboteux, enjambements malaisés, inspiration étriquée : difficile de sauver une telle " poésie ", qui se contente de l'emphase des lieux communs (même si on devine l'amorce d'une rêverie sur un thème que reprendront beaucoup de poètes réunionnais : la genèse de l'île dans son surgisement cosmique...).
Georges-François, dans sa trajectoire personnelle, ne se distingue guère des autres poètes réunionnais.Né à Saint-Denis en 1869, élève de l'École Coloniale, administrateur en Afrique et à Madagascar, il a eu le privilège de publier quelques poèmes, dans des revues vaguement symbolistes de la fin du siècle, et un recueil ( L'Âme errante, 1895), inspiré de son expérience africaine. Retiré dans son île natale, il y prépare un choix de ses meilleurs textes : Poèmes d'outre-mer (1931). Or il se trouve qu'on y entend un ton original :
Georges-François a rompu avec la forme vieille.Même s'il revient parfois au vers de douze syllabes, c'est en dehors du système de l'alexandrin classique :
Il est probable que le charme de ces vers tient à la nostalgie qu'ils expriment, alliée au boîtement doux de la forme (la difficulté à poser la césure !).
Il faudra attendre Jean Albany et les poètes de la renaissance réunionnaise pour qu'une telle libération poétique s'épanouisse - enfin...
1752Naissance du chevalier Antoine de Bertin, fils du " commandant du quartier Sainte-Suzanne " (son père figurera sur la liste des gouverneurs de l'île Bourbon pour la période 1763-1767).
On l'envoie en France, à l'âge de 9 ans, pour étudier et faire carrière.
1770Il est officier de cavalerie (capitaine de dragons), attaché au comte d'Artois, protégé de Marie-Antoinette.Il mène une vie agréable et fréquente les créoles aisés (dont son compatriote Parny, officier au même régiment que lui).
1772Il collabore à l'Almanach des Muses.
1777Publication sans nom d'auteur du Voyage de Bourgogne, à M. *** (récit, en prose et en vers, d'un voyage effectué en 1774 en compagnie du frère de Parny et du nègre Lazare ; l'ouvrage est dédié à Parny, qui séjournait alors à Bourbon ; il porte comme adresse de publication : " à l'isle de Bourbon ").
1778Épître à M. Des Forges-Boucher (avec à nouveau comme adresse : " à l'isle de Bourbon ").
1780Les Amours, élégies en trois livres.Il y chante ses amours successives pour Eucharis, belle créole de Bourbon, hélas !déjà mariée, puis pour la jeune Catilie, qui sut le consoler.
1785Flins des Oliviers, un des admirateurs de Bertin, publie une édition en deux volumes de ses Œuvres complètes.L'exemplaire conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris est relié aux armes de Marie-Antoinette.L'ouvrage connaîtra sept rééditions jusqu'en 1829.
1789Bien que sa santé soit très fragile depuis 1784, il s'embarque pour Saint-Domingue, où il devait épouser une jeune créole.
1790Il meurt le 25 juin, quelques jours après la cérémonie nuptiale, qui avait été retardée par de longues formalités.
1824Publication des Œuvres complètes, éditées par J.-F. Boissonnade, Paris, Roux et Dufort.
À consulter :
Les œuvres de Bertin n'ont pas été rééditées depuis fort longtemps. On trouvera des renseignements complémentaires dans Raphaël Barquissau, Les Poètes créoles du XVIIIe siècle, Paris, Vigneau, 1949.
1753 (6 février)Naissance à L'Hermitage (sur la commune de Saint-Paul) du " chevalier " Évariste-Désiré de Forges-Parny (il prendra plus tard le titre de vicomte).Il appartenait à l'une des premières familles de la colonie (Pierre Larousse).
1762Il est envoyé en France pour faire de bonnes études : il est placé au collège de Rennes.Adolescent, il manifeste le désir d'embrasser l'état ecclésiastique.Il entre au séminaire.Mais bientôt la lecture de la Bible, chose singulière, transforma en incrédule le plus fervent des néophytes (Pierre Larousse).
Après l'École militaire de Paris, devenu officier de cavalerie, il mène la vie des jeunes gens aisés (en compagnie notamment de son compatriote et camarade de régiment Antoine de Bertin) et compose des vers légers.
1773-1776Séjour à Bourbon.Il y connaît et séduit une jeune créole (Esther Trousail, ou Esther Lelièvre selon d'autres sources), qu'il chantera sous le nom d'Éléonore.Elle avait treize ans, il est son professeur de musique, et, comme l'écrit Pierre Larousse, il avait initié la jeune fille aux mystères de la volupté ; elle lui révéla en retour des secrets de sentiment qu'il ignorait encore.Mais le père de Parny s'oppose à une mésalliance et renvoie en France le chevalier, qui tire de cette histoire d'amour la matière d'un recueil lyrique : trois livres d'élégies, qui forment une sorte de roman en poèmes.
1777Épître aux insurgents de Boston.
1778Publication des poèmes inspirés par " Éléonore ", sous le titre de Poésies érotiques (avec comme adresse d'édition : " à l'isle de Bourbon ").Le titre n'a pas, à l'époque, les connotations raccrocheuses qu'on pourrait aujourd'hui lui prêter.Sainte-Beuve constate que ces poèmes " devinrent à l'instant une fête de l'esprit et du cœur pour toute la jeunesse du règne de Louis XVI ".La Bibliothèque Nationale de Paris en conserve un exemplaire relié aux armes de Marie-Antoinette.
1779Opuscules poétiques, Amsterdam.
1780Œuvres de M. le Chevalier de Parny, contenant ses opuscules poétiques et ses poésies érotiques, à l'isle de Bourbon, Lemarié.
1784Nouveau séjour à Bourbon.Esther est mariée (à un médecin de la marine).Parny, alors capitaine de dragons, écrit un quatrième livre d'Élégies.Il rentre en France au bout d'un an (sans doute après un crochet en Inde) et s'installe près de Paris.
1787Chansons madécasses traduites en français, suivies de Poésies fugitives, Londres.
1788Œuvres complètes du Chevalier de Parny, Paris, Hardouin et Gattet.
1799Publication de La Guerre des dieux anciens et modernes, épopée en dix chants.Ce poème voltairien, égrillard, farouchement anti-religieux, qui retient l'attention de Hegel, sera interdit sous la Restauration par un arrêt de 1827 ; il est réédité sous le manteau et diffusé par le colportage clandestin.C'est, entre autres, pour lutter contre ce monument d'anticléricalisme que Chateaubriand entreprend d'écrire son Génie du Christianisme.Cet ouvrage est encore occulté par certaines histoires littéraires, qui oublient de le mentionner parmi les Œuvres de Parny.Sainte-Beuve préférait, lui aussi, ne pas parler d'une œuvre qui alla blesser des consciences tendres, des croyances respectables, et desquelles la société avait encore à vivre.Etiemble estime que Parny y est " aussi ennuyeux que s'il ne fût pas voltairien ".Il reste que son long succès atteste que l'œuvre avait au moins la bonne santé de l'anticléricalisme primaire.
1802Il épouse Marie-Françoise Vally, veuve et comme lui créole. Isnel et Aslega, un " à la manière d'Ossian ".
1803Il est élu à l'Académie française.
1804Goddam !, poème en quatre chants, par un French-Dog [= Parny], Paris, Les Marchands de Nouveautés (opuscule de 32 pages).
1805Le Porte-feuille volé, recueil contenant Le Paradis perdu, poème en quatre chants, Les Déguisements de Vénus et Les Galanteries de la Bible, sermon en vers, Paris, A. G. Debray.
1806Le Voyage de Céline, poème.
1808Les Rosecroix, poème en douze chants.
Publication d'une édition d'Œuvres en quatre volumes, Paris, Debray.
1814 (5 décembre)Décès de Parny, après une longue maladie qui l'a retenu au lit depuis quatre ans.
Les Œuvres complètes sont rééditées en 1824 (en 2 volumes) et en 1831 (en 4 volumes).Des " choix " d'œuvres sont publiés par Berriat Saint-Prix (1826), Tissot (1826), Boissonnade (1827).Les frères Garnier donnent, en 1862, un volume d'Œuvres (avec une préface de Sainte-Beuve), qui sera plusieurs fois réédité.
À consulter :
Sainte-Beuve a consacré deux articles à Parny, en 1844 (cf. Portraits contemporains, Paris, Calmann-Lévy, 1882, tome IV) et en 1861 (cf. Causeries du Lundi, Paris, Garnier, 1862, tome XV).
1817 (8 février)Naissance à Saint-Denis d'Auguste Lacaussade, fils d'un avocat, originaire de Bordeaux et installé dans l'île, et de Fanny dite Déjardin, " libre de couleur ".Naissance illégitime, puisque la loi de l'époque interdisait les mariages interraciaux.Cette situation de bâtard, le reléguant à Bourbon à un statut inférieur, le contraindra à l'exil en France.Cependant Lacaussade connaît une enfance assez heureuse, notamment sur la propriété de son père, au Champborne, qu'il célèbre dans un de ses poèmes.
1825Départ pour la France.Études secondaires à Nantes.
1834-1836Séjour à Bourbon.
1839Les Salaziennes, Paris, J. P. Aillaud [Poésie].
1840Nouveau séjour à Bourbon, où il se marie.
1842Publication d'une traduction des Œuvres complètes d'Ossian.
1844Devient le secrétaire de Sainte-Beuve.Publie des articles dans plusieurs des grandes revues parisiennes : Revue des Deux Mondes, Revue de Paris, etc.
1848Il est actif dans les comités qui militent pour l'abolition de l'esclavage.Il prend la direction de La Concorde, journal démocratique, qui paraît à Vannes pendant quelques mois.Il collabore ensuite à La Tribune des Peuples, que venait de fonder le poète polonais Mickiewicz, exilé à Paris.
1852Il est attaché de manière permanente à la rédaction de la Revue contemporaine. Poèmes et paysages, Paris, M. Ducloux [Poésie].Succès d'estime.De nouvelles éditions viendront en 1861 (chez Dentu), puis en 1892 (chez A. Lemerre).
1853Le Conseil Général de la Réunion commence à lui verser une pension régulière.
1859Il prend la direction de la Revue européenne, dont l'existence est brève.Il devient ensuite l'un des rédacteurs du Moniteur.
1862Les Épaves, Paris, E. Dentu [Poésie].
1870Cri de guerre. Vae victoribus, Paris, A. Lemerre.
1871Le Siège de Paris, Paris, A. Lemerre.
1872Nommé bibliothécaire du Sénat, il a Leconte de Lisle comme subordonné.
1876Publication d'un volume de Poésies (Paris, A. Lemerre) Nouvelle édition en deux volumes (ibid., 1896-1897).
1897Mort à Paris.
1989Nouvelle édition des Salaziennes (reproduction en fac-similé de l'édition de 1839), avec une préface de François Feuga, Sainte-Clotilde (La Réunion), CRI.
À consulter :
BARQUISSAU, Raphaël, Le Poète Lacaussade et l'exotisme tropical, Paris, Publication du Comité Leconte de Lisle, 1952.
1818 (22 octobre)Naissance à Saint-Paul de Charles Marie René Leconte de Lisle.Son père, qui avait été chirurgien militaire dans les armées de Napoléon, s'était fait planteur à l'île Bourbon.Sa mère, Suzanne de Riscourt de Lanux, était issue d'une famille du Languedoc installée à Bourbon depuis 1720.
1822-1832Séjour en famille à Dinan, puis à Nantes.En 1830, le jeune Charles est pensionnaire à l'Institution Brieugue de Nantes, en même temps que son compatriote Auguste Lacaussade.
1832-1837Retour à Bourbon.Études secondaires.Premiers essais littéraires.
1837-1843Nouveau départ pour la France, avec le projet de faire des études de droit.Mais il faut d'abord décrocher le baccalauréat : il l'obtient en novembre 1838.Études de droit à Rennes, sans grand enthousiasme (il les abandonne au bout d'un an, et sa famille lui coupe les vivres ; en 1841, il obtient cependant le baccalauréat en droit).
Projet avorté d'un recueil poétique, qui aurait eu pour titre : Les Rossignols et le bengali.Fondation de deux revues éphémères : La Variété (1840), puis Le Scorpion (1842), qui est violemment satirique.
1843-1845Dernier séjour à Bourbon.Pendant ces deux ans, il donne quelques leçons, collabore à divers journaux locaux, écrit des vers, qu'il aurait fait disparaître pendant le voyage de retour.
1846Installation à Paris.Il collabore à des publications fouriéristes : La Démocratie pacifique, un quotidien, auquel il donne des contes en prose et quelques articles de politique ; La Phalange, un mensuel dont il assure le secrétariat et qui publie plusieurs des futurs Poèmes antiques.
1848Il participe très activement à la campagne d'un groupe de jeunes créoles en faveur de l'abolition de l'esclavage.On l'envoie dans les Côtes-du-Nord, pour se présenter à la députation.C'est un piteux échec.
Il aurait été présent sur les barricades, pendant les événements de juin.Il est incarcéré pendant quarante-huit heures.
Il décide de se consacrer désormais à la poésie.Il vivra de leçons particulières, de " correspon-dances " adressées à des journaux de son île natale et d'aides diverses.Il lui arrivera souvent de traverser des périodes de très grande pauvreté.
1852Publication des Poèmes antiques, Paris, Ducloux (c'est Lacaussade qui l'a mis en relation avec cet éditeur, qui publie presque en même temps ses Poèmes et paysages).Les Poèmes antiques subliment deux passions malheureuses : l'enthousiasme révolutionnaire et la flamme amoureuse pour la blonde et froide épouse d'un ami peintre.L'inspiration grecque de ces poèmes se prolonge dans le goût de Leconte de Lisle pour les traductions de classiques (Homère, Eschyle, Hésiode, Euripide, etc.), entreprises depuis longtemps et qui commencent à paraître après 1861.
1853Le Conseil Général de la Réunion lui octroie (ainsi qu'à Lacaussade) une pension annuelle de 2 000 francs.
Il commence à fréquenter Louise Colet et ses familiers (Flaubert, Vigny, etc.).
1855Poèmes et poésies, Paris, Dentu.La notoriété du poète s'affirme lentement (depuis un article louangeur de Sainte-Beuve dans Le Constitutionnel du 9 février 1852).
1857Il épouse Anne Adelaïde Perray.C'est un mariage modeste.
1858Poésies complètes, Paris, Poulet-Malassis et de Broise.
1862Poésies barbares, Paris, Poulet-Malassis et de Broise.
1864Le succès des recueils poétiques, la préface retentissante des Poèmes antiques, une série d'articles théoriques dans Le Nain jaune (sur Les Poètes contemporains) ont posé Leconte de Lisle comme chef de file d'une nouvelle littérature.Il prend l'habitude de recevoir chaque samedi, dans son salon, les jeunes poètes : y paraîtront, au fil des années, Villiers de l'Isle-Adam, Catulle Mendès, Louis Xavier de Ricard, Léon Dierx, Sully Prudhomme, François Coppée, José Maria de Hérédia, Mallarmé...Comme un nouveau Malherbe, il se veut le pédagogue de la jeune école poétique.
Tacitement rallié au régime impérial, il accepte une pension payée sur la cassette personnelle de l'Empereur.
1866Première série du Parnasse contemporain.La position de chef d'école de Leconte de Lisle est affirmée avec éclat.
1870Il est décoré de la légion d'honneur, mais après la chute de l'Empire, la révélation de la pension impériale lui aliène certains de ses amis et lui interdit la carrière politique qu'il avait pu rêver.
Publication anonyme du Catéchisme populaire républicain (Paris, A. Lemerre), qui rencontre un succès considérable (au moins 24 éditions) et qui suscitera le tapage de la droite monarchiste à l'Assemblée de Versailles.
1871Publication d'œuvres de commande, chez Lemerre (Histoire populaire de la Révolution française et Histoire populaire du christianisme).
Leconte de Lisle se montre (dans sa correspondance) hostile à la Commune qui lui semble compromettre les chances d'établir la République.
En décembre, il est nommé " employé " à la Bibliothèque du Palais du Luxembourg.Sinécure modeste, qu'il accepte (il sera logé et chauffé aux frais de l'État), tout en se sentant blessé par la médiocrité de l'offre.
1872Poèmes barbares, Paris, A. Lemerre : réédition refondue et considérablement augmentée des Poésies barbares de 1862.
1873Création le 6 janvier, à l'Odéon, de la " tragédie antique " des Érinnyes, avec une musique de Jules Massenet (le texte est publié chez Lemerre).Le succès reste modeste.
Publication du Grand dictionnaire de cuisine, signé d'Alexandre Dumas père, mais rédigé à partir de notes de celui-ci par Leconte de Lisle et Anatole France (est-ce à Leconte de Lisle qu'on doit la part importante qui y est donnée aux recettes exotiques ?).
1874Seconde édition, augmentée et refondue, (Paris, A. Lemerre) des Poèmes antiques.
Il se lie avec Victor Hugo.
1876Il est nommé " sous-bibliothécaire du Sénat ".
Il collabore à une Histoire du Moyen Âge (signée par Pierre Gosset).
1880Un important article de Jules Lemaître fait l'éloge de Leconte de Lisle dans La Nouvelle Revue (n° du 21 août).
1883Il est élevé au grade d'officier de la légion d'honneur.
1884Poèmes tragiques, Paris, A. Lemerre.
1886Malgré l'opposition d'adversaires irréductibles, il est élu à l'Académie française, au fauteuil de Victor Hugo.Lors de ses précédentes candidatures, il avait obtenu, en 1877, deux voix (celles d'Hugo et de Barbier) et en 1882 une seule voix (celle de Victor Hugo) !Lors de sa réception, en 1887, le discours d'Alexandre Dumas fils fait l'éloge de la poésie sentimentale de Lamartine et de Musset !
Il termine sa vie entouré d'amies riches et titrées (la reine Elisabeth de Roumanie, par exemple, qui signe ses œuvres littéraires du pseudonyme de Carmen Sylva).
1888L'Apollonide, drame lyrique, Paris, A. Lemerre.
1893Leçon de Brunetière, à la Sorbonne, sur Leconte de Lisle.
1894 (17 juillet)Mort du poète, à Louveciennes.
1977En septembre, retour des cendres de Leconte de Lisle dans son île natale.Elles reposent désormais au cimetière de Saint-Paul.
À consulter :
Les Poésies complètes de Leconte de Lisle, avec notes et variantes, ont été publiées en quatre volumes (Paris, A. Lemerre, 1927-1928). Réédition : Genève, Slatkine reprints, 1974.
Une édition critique des Œuvres de Leconte de Lisle en quatre volumes [Tome I : Poèmes antiques ; Tome II : Poèmes barbares ; Tome III : Poèmes tragiques. Derniers poèmes ; Tome IV : Œuvres diverses] a été procurée par Edgard Pich (Paris, Les Belles Lettres, 1976-1978).Le même Edgard Pich a publié les Articles. Préfaces. Discours de Leconte de Lisle (Paris, Les Belles Lettres, 1971).
On pourra consulter l'édition des Poèmes barbares, présentée, établie et annotée par Claudine Gothot-Mersch, Paris, Gallimard, 1985, coll. " Poésie ", n° 202. Il existe plusieurs éditions " réunionnaises " d'œuvres de Leconte de Lisle, notamment : Leconte de Lisle : un poète créole et son île, choix de poèmes réunionnais par Idriss Issop-Banian, Saint-Denis, Éditions CEDAACE, 1987.
D'une masse considérable de textes critiques (dont le guide bibliographique de Jean-Claude Roda, Bourbon littéraire, Tome I, donne une bonne idée), on pourra retenir :
On n'oubliera pas la longue analyse de la situation de Leconte de Lisle, en parallèle à celle de Flaubert, par Jean-Paul SARTRE, L'Idiot de la famille, nouvelle édition revue et complétée, Tome III, Paris, Gallimard, 1988, " Bibliothèque de Philosophie ", pp. 342-410.
1838 (31 mars)Naissance de Léon Dierx à Saint-Denis.
1853Départ pour la France.Il entreprend des études scientifiques, qui resteront inachevées.
1858Aspirations, Paris, Dentu [Poésie].Ce recueil n'a pas été repris dans les " Œuvres complètes ".
Bref retour à la Réunion.
1860Nouveau séjour à la Réunion : il courtisait une jeune cousine, mais celle-ci éconduit son soupirant.
1864Poèmes et poésies, Paris, E. Sausset.
1867Les Lèvres closes, Paris, A. Lemerre [Poésie].
1868La ruine de sa famille le contraint à vivre de modestes emplois de bureau, qui lui procurent le loisir de se consacrer à la poésie.
1871Les Paroles du vaincu, Paris, A. Lemerre.
1872Poésies (1864-1872), édition refondue, corrigée et augmentée, Paris, A. Lemerre.
1875La Rencontre, scène dramatique en vers (représentée le 24 février à la Salle Taitbout), Paris, A. Lemerre.
1879Les Amants, Paris, A. Lemerre.
1889-1890Poésies complètes, Paris, A. Lemerre, 2 vol.
1894-1896Œuvres complètes, Paris, A. Lemerre, 2 vol.
1898À la mort de Mallarmé, il est élu pour lui succéder au titre de " Prince des Poètes ".
1912 (10 juin)Mort à Paris
Poésies posthumes, Paris, A. Lemerre.
À consulter :
On trouvera une bibliographie systématique de la poésie réunionnaise (des origines à 1974) dans : Jean-Claude Roda, Bourbon littéraire, tome I.
La liste suivante récapitule les principaux recueils poétiques réunionnais, par ordre chronologique de naissance de leurs auteurs (on en a exclu les œuvres des poètes présentés dans une bio-bibliographie particulière : Bertin, Parny, Lacaussade, Leconte de Lisle et Léon Dierx) :
À consulter :
FOUCQUE, Hippolyte, Les Poètes de l'île Bourbon, Paris, Seghers, 1966 [Anthologie]. Grand livre d'or de la poésie réunionnaise d'expression française des origines à nos jours, Saint-Denis, Éditions Réunion/Conseil Général de la Réunion, 1990 [Anthologie].