Il est bien clair que Jean Marie G. Le Clézio appartient à la littérature française.Une synthèse faisant autorité ( La Littérature en France depuis 1968, par Bruno Vercier et Jacques Lecarme, 1982) l'associe à Patrick Modiano et Georges Perec pour désigner les jeunes maîtres de la nouvelle littérature française. Il apparaît donc comme un écrivain déjà consacré, novateur et promis à la gloire des classiques.
Il a connu avec son premier roman, Le Procès-verbal(1963), le succès d'un prix littéraire important (le Renaudot). Il publie ensuite une dizaine d'ouvrages, qui retiennent un public fidèle, mais relativement limité.En revanche, en 1980, Désertrencontre une très large audience : l'histoire de Lalla, jeune Marocaine qui fuit son pays, se retrouve à Marseille et finalement retourne vers le désert, a su toucher la sensibilité du public qui y lisait une méditation dépouillée sur la nature essentielle, l'exil et l'immigration, l'oppression coloniale, la condition féminine... En 1985, Le Chercheur d'orrenouvelle ce succès. Le public se passionne pour ce roman d'aventures maritimes et de trésor introuvable.Dorénavant, les livres de Le Clézio ( Le Rêve mexicain, 1988 ; Printemps et autres saisons, 1989) sont suivis avec faveur par un vaste public.
Au moment de la publication du Chercheur d'or, le romancier soulignait dans une entrevue accordée au journal Le Monde(15 février 1985) qu'il n'avait aucun effort à faire pour sortir de la culture française : la famille de mon père a émigré à l'île Maurice au dix-huitième siècle, et, bien que je sois né à Nice, culturellement je me sens Mauricien, c'est-à-dire entre deux mondes, le développé et le pauvre.J'ai la double nationalité, française et mauricienne. Dans un numéro spécial du magazine La Quinzaine littéraire, consacré, en mars 1985, aux littératures de langue française, il s'interrogeait sur les raisons de son choix du français comme langue d'écriture (il avait pu hésiter avec l'anglais) : Écrire en français était pour moi plus qu'un choix esthétique, cela signifiait aussi choisir le côté des anciens colons de Maurice contre l'administration anglaise, et d'une certaine façon, le créole contre l'anglais officiel imposé par la montée de la population originaire de l'Inde.
Dès Le Procès-verbal, une citation du nom de Léoville L'Homme, comme un clin d'œil aux lecteurs avertis, signalait que l'île Maurice, sa culture et sa littérature habitaient déjà l'imaginaire du jeune romancier. Le roman du Chercheur d'ormanifeste un éclatant retour à l'île des ancêtres. Il se fonde sur l'histoire de son grand-père (sans doute transmise par la tradition familiale), qui avait tenté de retrouver un trésor peut-être caché autrefois par un pirate inconnu dans une vallée de l'île Rodrigue.Le roman est redoublé en 1986 par la publication du journal du Voyage à Rodrigues (3). Puis une des nouvelles du recueil Printemps et autres saisonscontinue l'inspiration mauricienne. En 1990, enfin, J.M.G. Le Clézio signe, en compagnie de sa femme, un recueil de devinettes mauriciennes, Sirandanes, en version bilingue, créole et française.
Les textes mauriciens de Le Clézio s'articulent tous autour de la thématique du retour à l'origine : désir de retourner vers une terre-mère, rêve d'harmonie retrouvée, réappropriation textuelle de l'île.Ce qui recoupe une des constantes de son imaginaire, et d'abord le motif omniprésent du " voyage en retour ".Quand Le Clézio (re)vient à Maurice (et à Rodrigue), sur les traces fondatrices de son grand-père, ce qui se révèle à lui, c'est le sentiment de l'infini, dans la présence originelle de la lumière, des rochers noirs, du ciel, de la mer...Le Voyage à Rodriguesdégage explicitement le sens de cette expérience de retour à l'origine : Il y a ici une impression de lenteur, d'éloignement, d'étrangeté au monde des hommes ordinaires, qu'on doit trouver aussi à Saint-Brandon ou à Aldabra, et qui fait penser à l'éternité, à l'infini.[...] J'ai senti que j'étais arrivé au bout du voyage, à l'endroit où je devais depuis toujours venir.
Le voyage des îles permet à l'écrivain de se situer dans une histoire familiale, de mieux comprendre par là même son statut d'exilé, son " sentiment d'étrangeté, d'inappartenance ".Sa lignée paternelle avait dû abandonner le domaine familial de Moka, qui symbolisait l'enracinement mauricien : elle se trouve condamnée à l'éparpillement à travers le monde.Le grand-père avait rêvé du trésor de Rodrigue pour pouvoir rembourser ses dettes, racheter la maison familiale, fonder à nouveau un enracinement.Or il a échoué : le trésor est resté introuvable.Mais il a réussi à faire (re)venir son petit-fils sur ses traces.Et celui-ci découvre que le trésor cherché si longtemps[par le grand-père], qui a hanté ses jours et ses nuits et l'a exclu de son monde, c'était peut-être ce silence, cette dureté minérale, cette beauté de l'aube de la création, en suspens au fond de la vallée.
Si on relit l'ensemble de l'œuvre de Le Clézio à partir de ses textes mauriciens, on s'aperçoit qu'ils éveillent tout un jeu de subtiles harmoniques.On sait par exemple à quel point il a été fasciné par le Mexique et les civilisations indiennes d'Amérique : or tout se passe comme si l'Amérique indienne lui proposait, en miroir, les mêmes questions que Maurice et Rodrigue sur le mystère universel des origines.Mais peut-être fallait-il l'exil et le détour américain, le questionnement sur les commencements et les fins des civilisations, pour percevoir à Maurice le jaillissement vertigineux, dans le miracle de l'origine.
Notre hypothèse étant que l'inspiration mauricienne constitue un fondement et une constante de l'imaginaire de J.M.G. Le Clézio, il faudrait, en bonne logique, y rapporter l'ensemble de son œuvre.Elle est particulièrement évidente dans les ouvrages suivants :
Le Chercheur d'or, Paris, Gallimard, 1985. Réédition : Paris, Gallimard, 1988, coll. Folio, n° 2000 [Roman].
Voyage à Rodrigues, Journal, Paris, Gallimard, 1986, coll. " Le Chemin " [Journal de voyage].
La Saison des pluies, in : Printemps et autres saisons, Paris, Gallimard, 1989 [Nouvelle]. "
Sirandanes, suivies d'un petit lexique de la langue créole et des oiseaux [co-signé par Jémia Le Clézio], avec des aquarelles de J.M.G. Le Clézio, Paris, Seghers, 1990.
Les exégètes se sont encore peu penchés sur cette dimension de l'œuvre de Le Clézio.On lira un intéressant entretien de l'écrivain avec Bernard Magnier, " L'insularité plurielle de J.M.G. Le Clézio ", in : Notre Librairie, " Dix ans de littératures 1980-1990, II Caraïbes - Océan Indien ", n° 104, janvier-mars 1991, pp. 90-91.
1915 (31 décembre)Naissance à Rose-Hill de Loys Masson, dans une famille franco-mauricienne bien connue (son oncle maternel, l'abbé Joseph Mamet, sera bientôt élevé au rang d'évêque).Son père est attorney-at-law (c'est-à-dire qu'il était chargé de mettre en œuvre certaines procédures judiciaires).En fait, la famille n'est guère riche.
Loys Masson est l'aîné (il a trois frères et trois sœurs).Ses cadets Hervé et André deviendront eux aussi écrivains et journalistes.
1933Il est renvoyé du " Royal College of Mauritius " de Curepipe, pour avoir boxé un de ses professeurs, avec qui il était en conflit.Il s'engage alors pour la saison de coupe comme peseur de cannes (ce qui lui fait connaître de l'intérieur la vie sur les plantations sucrières).Il sera ensuite employé à la Banque Commerciale de Maurice.
1934Il remporte un prix (en poésie) au concours du Cercle Littéraire de Port-Louis.Il récidive l'année suivante (c'est, cette fois, une nouvelle qui est couronnée).
1935Il publie un article (" La France à l'île Maurice "), à l'occasion du bicentenaire de la ville de Port-Louis, dans la respectable Revue des Deux Mondes (auprès de laquelle il a été introduit par son oncle l'évêque).
1937Fumées, Port-Louis, Imprimerie M. Gaud [Poésie].
1938Les Autres Nourritures, Port-Louis, Esclapon.Le titre indique la filiation gidienne de ces proses poétiques.
1939Départ pour la France (une souscription auprès des admirateurs de son jeune talent littéraire l'aurait aidé à payer le prix du passage).Il débarque à Marseille fin août, au moment où éclate la guerre.Engagé dans la Légion Étrangère, il est finalement réformé pour raisons de santé en mars 1940.
1940Rencontre de Paula Slaweski (dont la famille était vaguement apparentée à la sienne et qui correspondait avec l'une de ses sœurs).Les deux jeunes gens se fiancent en juillet.Sujet britannique, selon son passeport, Loys Masson est contraint à une extrême prudence, voire à une vie clandestine.
Sous le coup de la débâcle et de l'exode, il écrit un poème (" Notre Dame des exodes ") qui sera publié dans le n° 97 de la revue Esprit (février 1941).C'est sans doute l'un des tout premiers témoignages de ce que Pierre Seghers appellera plus tard " la Résistance des poètes ".
1941Ayant rencontré Pierre Seghers lors d'une rencontre d'écrivains, il se voit confié par celui-ci le secrétariat de rédaction de la revue Poésie 41 qui rassemble les poètes résistants.Il s'installe à Villeneuve-lès-Avignon avec Paula, qu'il épouse le 21 novembre (mariage religieux : il était trop risqué d'exhiber les papiers d'identité pour le mariage civil).
1942Il adhère au Parti Communiste, sans pour autant renier le christianisme révolté de sa jeunesse.
Délivrez-nous du mal, P. Seghers, " Poésie 42 " [Poésie].Réédition, augmentée de quatre poèmes parus clandestinement : Paris, Seghers, 1945 et Montréal, Parizeau, 1946.
1943Loys et Paula doivent se cacher dans un château isolé de Touraine (le roman La Douve racontera cet épisode).
Sous le pseudonyme de Paul Vaille, Loys Masson publie plusieurs poèmes dans le recueil collectif L'Honneur des Poètes, publié et diffusé clandestinement par les Éditions de Minuit.Il participera aussi au second recueil sous le même titre, publié en 1944.
Poèmes d'ici, Genève, " Les Cahiers du Rhône " [Poésie].
Chronique de la grande nuit, Neuchâtel, Ides et Calendes.
1945Il accepte le poste de secrétaire général du Comité National des Écrivains, organisme qui doit régénérer la vie littéraire après la Libération.
L'Étoile et la Clef, Paris, Gallimard.Ce roman largement autobiographique évoque l'enfance et l'adolescence à Maurice.
Le Requis civil, Paris, Gallimard.Évocation romanesque du séjour à Villeneuve-lès-Avignon.
Pour une église, Genève, Trois Collines. Réédition (augmentée de Solstice de la foi) : Paris, Bordas, 1947 [Pamphlet].
1946Il devient rédacteur en chef de l'hebdomadaire littéraire Les Lettres françaises (qui appartient à la mouvance intellectuelle du Parti communiste).
La lumière naît le mercredi, Paris, Seghers/Montréal, Parizeau [Poésie].
1947Saint Alias, Genève/Paris, Trois Collines [Nouvelles].
Tous les corsaires sont morts, Paris, Ferenczi [Roman].
1948Il n'accepte pas la mainmise totale du Parti Communiste sur les Lettres françaises : on l'écarte de la direction de l'hebdomadaire.Il abandonne alors le journalisme, pour se consacrer à son œuvre littéraire.Il écrira souvent pour la radio, puis pour la télévision qui commence alors à se développer.
L'Illustre Thomas Wilson, Paris, Bordas.Ce " divertissement ", mêlant prose et vers, dont la rédaction avait été commencée dès 1939, est superbement illustré par Fernand Léger. Réédition : Paris, Belfond, 1967 ; Paris, Éditions d'aujourd'hui, 1975, collection " Les Introuvables ".
1950Icare ou Le Voyage, Paris, Seghers [Poésie].
1951Les Cacti ou petites plantes de saint Benoît Labre, Paris/Genève/Bruxelles, Éditions de la Paix. Divertissement illustré par Hervé Masson.
Les Mutins, Paris/Genève/Bruxelles, Éditions de la Paix.Roman écrit pendant la période de la guerre. Réédition : Paris, R. Laffont, 1959.
1952Représentation au Théâtre de l'Œuvre, dans une mise en scène de Michel Vitold, de la pièce La Résurrection des corps.
La pièce est publiée par Paris-Théâtre.
Tout ce que vous demanderez, Paris/Genève/Bruxelles, Éditions de la Paix [Roman tiré de la pièce].
Quatorze poèmes du cœur vieillissant, Paris, Éditions Caractères [Poésie].
1953Poème-dialogue de la résurrection, Paris, Éditions Caractères [Poésie].
1955Naissance de son fils, Grégoire.
Les Vignes de septembre, Paris, P. Seghers [Poésie].
1956Les Tortues, Paris, R. Laffont [Roman]. Réédition : ibid., 1985, " Bibliothèque Romanesque ".
1957La Douve, Paris, R. Laffont [Roman].
1958Les Sexes foudroyés, Paris, R. Laffont [Roman].
1960Représentation au Théâtre du Vieux Colombier, dans une mise en scène de Bernard Jenny, de Christobal de Lugo.
Théâtre [Christobal de Lugo, Le Pape, La Résurrection des corps], R. Laffont.
1961Le Notaire des noirs, Paris, R. Laffont. Ce roman obtient le Prix des Deux Magots 1962. Réédition : Paris, Le Livre de Poche, 1969 ; île Maurice, Éditions de l'Océan Indien, 1985.
1962Il est lauréat de la Fondation Del Duca, pour l'ensemble de son œuvre. Les Noces de la vanille, Paris, R. Laffont [Roman].
1964Lagon de la miséricorde, Paris, R. Laffont [Roman].
1965La Dame de Pavoux, Paris, R. Laffont [Poésie].
Le Feu d'Espagne, Paris, R. Laffont [Roman].
Célébration du rouge-gorge, Paris, R. Morel.
1966Célébration de la chouette, Paris, R. Morel.
1967Les Anges noirs du trône, Paris, R. Laffont [Roman].
1969La Croix de la rose rouge, Paris, R. Morel [Poésie].
Mort de Loys Masson, à Paris, le 24 octobre.
1970Des bouteilles dans les yeux, Paris, R. Laffont. Ces nouvelles sont précédées par " Esquisse d'un portrait de Loys Masson " par Claude Roy.
À Consulter
Ses brillantes études dans l'enseignement secondaire mauricien avaient mérité au jeune Jean Fanchette (né à Rose-Hill le 6 mai 1932) une bourse pour une université européenne (ce qui était dans les années 1950 un privilège rare). Il choisit d'étudier la médecine à Paris plutôt qu'à Cambridge qu'on lui proposait.Devenu neuro-psychiatre, il s'installe professionnellement à Paris.
Avant son départ, il avait publié quelques textes à Maurice, dans L'Essor.À Paris, il fonde, avec Anaïs Nin et Edwin Mullins, une revue bilingue franco-anglaise, Two Cities, qui paraît de 1959 à 1964 avec le projet de favoriser les échanges culturels entre le monde francophone et le monde anglo-saxon.
1952Gerbes de silence, Marches de France [Poésie].
1954Osmoses, La Presse à bras [Poésie].
1955Les Midis du sang, Paris, Debresse [Poésie].
1958Archipels, Paris, Éd. Voyelles [Poésie].
1961Situation of French Poetry in 1960, Londres, Calder [Essai].
1965Identité provisoire, Paris, Two Cities [Poésie].
1971Psychodrame et théâtre moderne, Paris, Buchet-Chastel [Essai]. Réédition : Paris, U.G.E., 1977, collection 10/18.
1975Alpha du centaure, Paris, Buchet-Chastel [Roman].
1977Je m'appelle sommeil, Paris, Two Cities [Poésie].
1931 (23 septembre)Naissance, à Flacq, au lieu-dit " la Source ", un jour d'équinoxe, de Joseph Marc Davy, dit Édouard Maunick, fils d'Orlézia Tourab et de Daniel Maximilien Maunick.Il a lui-même souligné à quel point son ascendance est marquée par le métissage :
1936Sa famille vient s'installer à Port-Louis : les images de cette ville " magique ", le souvenir de la maison d'enfance (rue Mère Barthélémy) se retrouvent souvent dans sa poésie.
1950-1960Il travaille comme enseignant (dans les cycles primaire, puis secondaire).Il sera ensuite bibliothécaire de la Bibliothèque Municipale de Port-Louis.
1954Ces oiseaux du sang, Port-Louis, Regent Press.Ce recueil de poèmes est publié à compte d'auteur.
1959Après avoir donné des articles et des poèmes dans divers journaux de l'île, il fonde une revue littéraire, Les Cahiers de la Mer Indienne, qui ne connaît qu'un seul numéro.
1960Il quitte l'île Maurice, pour s'installer à Paris, où il travaille à la radio, pour l'OCORA, ainsi que pour RFI et pour France-Culture.
1962Il est un temps Directeur de Radio Caraïbes Internationale à Sainte-Lucie.
Il publie deux poèmes dans la revue Présence africaine : c'est le début d'une longue collaboration et d'une participation engagée aux grandes manifestations culturelles négro-africaines (colloques, festival mondial des arts nègres, etc.).
1964Les Manèges de la mer, Préface de Pierre Emmanuel, Paris, Présence africaine [Poésie].
1966Mascaret ou le livre de la mer et de la mort, Préface de Jacques Howlett, Paris, Présence africaine [Poésie].
1969Mort du père d'Édouard Maunick.Sa figure fondatrice est célébrée par plusieurs poèmes.
1970Fusillez-moi, Paris, Présence africaine [Poésie].
Il est " Regent's professor " à l'université de Californie-Los Angeles.
1973Décès de sa mère.
1976Ensoleillé-vif, Préface de Léopold Sédar Senghor, Paris, Éditions Saint-Germain des Prés/Dakar, Nouvelles Éditions Africaines [Poésie].Le recueil obtient le Prix Apollinaire 1977.
1977-1979Édouard Maunick devient rédacteur en chef de la revue bimensuelle Demain l'Afrique, publiée à Paris.Il y donnera un grand nombre d'articles sur les sujets les plus divers.
1979En mémoire du mémorable suivi de Jusqu'en terre yoruba, Paris, L'Harmattan [Poésie].
1980-1981Il est expert-consultant auprès de l'Agence de Coopération.
1982Il commence à travailler pour le compte de l'UNESCO, d'abord dans le Secteur du Soutien de Programme, puis il est chargé de la Diffusion des Cultures.Il est ensuite Directeur de la Collection UNESCO d'œuvres représentatives. .
1983Désert-Archipel suivi de Cantate païenne pour Jésus-Fleuve, Paris, Publisud [Poésie].
1985Saut dans l'arc-en-ciel, Préface d'Etiemble, Paris, Le Calligraphe [Poésie]. Le Cap de Désespérance, Soweto, Encres de Mechtilt, Paris, Intertextes [Poésie]. Édition à tirage limité.
Il est choisi comme membre du Haut Conseil de la Francophonie.
1987Un arbre en est la cause, Illustrations de Qotbi, Saint-Laurent-du-Pont (Isère), Ateliers d'Art Marc Pessin [Poésie]. Édition à tirage limité.
Mandela mort et vif, Paris, Silex [Poésie]. Le texte avait d'abord été publié à l'île Maurice, dans Le Nouveau Militant.
1988Paroles pour solder la mer, Paris, Gallimard [Poésie].
1989Anthologie personnelle, Arles, Actes Sud [Poésie].
Édouard Maunick reçoit le Prix Tchicaya U Tam'Si.Il est élu membre de l'Académie Mallarmé.
1990Toi laminaire, Italiques pour Aimé Césaire, Île Maurice, Éditions de l'Océan Indien/La Réunion, CRI [Poésie].
L'Académie française lui décerne sa médaille de vermeil.
À consulter :
Une importante bibliographie d'Édouard J. Maunick a été réalisée par Jasmina SOPOVA (Édouard J. Maunick, Bibliographie analytique).Sa publication est annoncée pour l'année 1991.
Parmi les nombreuses études suscitées par cette œuvre, on pourra retenir :
Enregistrements discographiques d'Édouard Maunick :
Née à Plaine-Wilhelms (île Maurice) en 1940, Marie-Thérèse Humbert s'est installée en France en 1968.Elle est mère de cinq enfants (dont des jumeaux ... nés après la publication de son roman de la gémellité : À l'autre bout de moi).
À consulter :
LIONNET, Françoise, Autobiographical Voices, Race, Gender, Self-portraiture, Ithaca and London, Cornwell University Press, 1989 (les chapitres 6 et 7, pp. 191-244 concernent À l'autre bout de moi).
1502Une île qui semble bien être la Réunion figure, sous le nom (d'origine arabe) de Diva Morgabin (" île de l'Ouest "), sur le portulan d'Alberto Cantino.
1507 ou plus probablement 1512 ou peut-être 1516Première reconnaissance de l'île par des navigateurs portugais (c'est en général à Pero Mascarenhas que l'on fait revenir cet honneur).Elle apparaît sous le nom de Santa Apolonia sur la carte de Pedro Reinel, datée de 1518 (conservée aujourd'hui au British Museum).
1611Le navigateur hollandais Verhuff signale son passage en vue de l'île : c'est la première mention qui en est faite par un voyageur européen.D'autres navigateurs y relâchent dans les années suivantes.
1642La Compagnie française de l'Orient prend possession de l'île (que les Français nomment Mascarin), mais elle n'y installe aucun colon.
1646-1649 et 1654-1658Séjour de mutins déportés de Fort-Dauphin : ils vivent comme des robinsons et font, quand finalement on les relève, des descriptions enthousiastes de leur île déserte (c'est l'île la plus saine qui soit au monde, où les vivres sont à foison, le cochon très savoureux, la tortue de terre, tortue de mer, toutes sortes d'oiseaux en si grande abondance qu'il ne faut qu'une houssine [une baguette] à la main pour trouver en quelque lieu que ce soit de quoi dîner).Cependant les cyclones dévastateurs de 1657 et 1658 devaient rafraîchir cet enthousiasme.
1649Flacourt, gouverneur de Fort-Dauphin, prend à nouveau possession de l'île au nom du roi, et lui donne le nom d'île Bourbon.
1663Création d'un poste permanent par deux Français de Fort-Dauphin (Louis Payen et Pierre Pau), accompagnés de dix " domestiques " malgaches (sept hommes et trois femmes).C'est le début de l'occupation définitive de Bourbon, et aussi le début du marronnage, car les Malgaches ne tardent pas à s'enfuir vers les Hauts de l'île (parce que les Français n'avaient pas voulu les laisser disposer des femmes).
1665Débarquement de colons (vingt personnes, sous la conduite d'Étienne Regnault) envoyés par la Compagnie des Indes Orientales, nouvellement créée pour assurer le peuplement et le développement des îles de l'océan Indien.D'autres (environ 200, dont 5 jeunes filles) arrivent deux ans plus tard.En 1674, les rescapés des massacres de Fort-Dauphin se réfugient à Bourbon.
Cependant, l'accroissement de la population reste très lent (environ un millier d'habitants à la fin du siècle, installés surtout à Saint-Paul et à Saint-Denis).On vit de la chasse et de la pêche, de cueillette et de quelques cultures vivrières (blé, riz, manioc, quelques légumes, de la canne à sucre pour produire de l'alcool), accompagnant l'élevage de chèvres, cochons et volailles.Les témoignages des voyageurs évoquent d'heureuses robinsonnades...
1689À la suite du décès du gouverneur Florimont (1680), non remplacé, le désordre menaçait la colonie.Le nouveau gouverneur, Vauboulon, tente de restaurer l'ordre royal.Il édicte des mesures sévères, qui irritent la population.Une cabale le dépose et le fait mettre en prison.
1696Une escadre commandée par Serquigny vient rétablir le pouvoir de la Compagnie des Indes.Mais, en fait, celle-ci ne s'intéresse que médiocrement à une possession qui ne lui rapporte rien.
1715Introduction de plants de caféiers d'Arabie, qui donneront la variété " Bourbon rond " (on avait aussi découvert dans l'île une variété autochtone, le " Bourbon pointu ").La Compagnie des Indes rend obligatoire la plantation de caféiers par chaque habitant.L'engouement de l'Europe pour le " café Bourbon " assure à l'île une réelle prospérité.Les immigrants affluent, les colons se procurent de nombreux esclaves, en Inde d'abord, puis à Madagascar et en Afrique.La population de l'île passe en 20 ans (de 1715 à 1735) de 1500 à 8000 habitants.Mais la commercialisation du café devient vite difficile : la qualité n'en est pas toujours excellente ; la concurrence des Antilles se développe ; et la production tombe à partir de1749, à la suite des ravages infligés aux plantations par un puceron.
On tente alors, sans grand succès, de remplacer le café par le coton, le tabac ou l'indigo.
1735-1746Mahé de La Bourdonnais est gouverneur général des îles et il s'installe à l'île de France.Alors que la Compagnie des Indes voyait jusqu'alors dans les Mascareignes des colonies de peuplement et de rapport, La Bourdonnais forme le projet d'en faire des bases navales essentielles dans le conflit opposant la France et l'Angleterre pour la domination de l'Inde.L'île de France, où les rades se prêtent mieux à accueillir et protéger les navires, est privilégiée.Bourbon doit devenir, grâce à son agriculture, fournisseur de vivres.La Bourdonnais y fait construire des routes , des magasins de stockage, un pont volant de bateaux pour faciliter l'embarquement des marchandises.Le chef-lieu de l'île est transféré de Saint-Paul à Saint-Denis.Mais Bourbon perd aussi des habitants qui sont installés d'autorité à l'île de France.
1764Le mercantilisme de la Compagnie des Indes est discrédité dans l'opinion.Le ministre Choiseul, qui est en charge de la guerre et de la marine, considère, comme La Bourdonnais, que les Mascareignes doivent être d'abord des bases navales.Il les rachète donc à la Compagnie.
1766Plusieurs ordonnances royales réorganisent la justice et l'administration, avec notamment le souci de rendre plus efficace la poursuite des esclaves marrons.
Le café, qui n'est plus protégé par le privilège de la Compagnie, cesse d'être la monoculture d'exportation.Les épices, introduites par l'intendant Pierre Poivre et le naturaliste Hubert, tentent de prendre le relais.Mais ce sont les cultures vivrières qui font de Bourbon le grenier des Mascareignes.
Depuis le milieu du siècle, une part importante de la population blanche ne cesse de s'appauvrir (surpopulation relative, manque de terres non concédées, parcellisation des propriétés).Comme il leur est socialement impossible de s'établir artisans (ils seraient en concurrence avec les esclaves), les " Petits Blancs " prolétarisés se réfugient dans les Hauts, à la limite des terres cultivées.
1790La nouvelle des événements révolutionnaires de France arrive à Bourbon au début de l'année.L'Assemblée coloniale tend à devenir le lieu du pouvoir.Elle organise la vie municipale, une justice de paix, une garde nationale.Les liens se relâchent avec l'île de France.Mais l'essentiel est peut-être la non-application du décret de la Convention du 16 pluviôse an II (abolition de l'esclavage).Plutôt que de libérer les esclaves, certains membres de l'Assemblée envisagent une possible sécession de l'île.
L'île change de nom : le géomètre et ministre de la marine Monge propose (après avoir hésité sur le nom de " Jemmapes ") celui d'île de la Réunion (" réunion " est un des mots forts de la Révolution, un peu comme " liberté ", " égalité " ou " fraternité " ; il faut y lire l'idée d'un rassemblement fusionnel, d'une concorde des esprits et des cœurs, bref le désir de pulsion unitaire qui commande l'élan révolutionnaire ; mais ce n'est qu'après 1848 et la libération des esclaves que la Réunion méritera vraiment son beau nom).
1803Decaen, capitaine général des Îles, restaure l'ordre ancien (l'Assemblée coloniale est dissoute) et replace la Réunion (qui prend le nom d'île Bonaparte) dans la dépendance de l'île de France.
1806-1807Succession catastrophique de cyclones et de pluies torrentielles (avalasses), qui ruinent l'économie caféière et amènent la disette.
1810Les Anglais débarquent et occupent l'île pendant cinq ans.
1811Très grave révolte d'esclaves : assassinats, pillages ; trente esclaves sont condamnés à mort.
1814Au traité de Paris, l'île est rendue à la France.Désormais libérée de la tutelle de l'île de France, passée sous domination anglaise, elle reprend son nom de Bourbon.Comme la métropole manque de sucre, l'économie de l'île est reconvertie à la canne, qui devient peu à peu monoculture.Bourbon va cesser d'exporter des vivres, pour devenir importatrice.Les petites exploitations disparaissent devant les grands domaines.La population s'accroit considérablement (36 000 en 1778, 65 000 en 1804, 82 000 en 1825, 101 000 en 1830, 110 000 en 1848).
1825L'organisation politique et administrative de l'île donne le premier rôle au gouverneur, qui a pratiquement tous les pouvoirs.
1830Premières arrivées de travailleurs engagés indiens.
La Monarchie de Juillet introduit une légère autonomie administrative (le Conseil colonial discute et vote le budget).
1841Un jeune esclave, Albius, découvre le procédé de la fécondation artificielle de la vanille (qui avait été introduite dans l'île en 1818, à partir de Cayenne).C'est le point de départ de la culture industrielle de la vanille.
1848L'abolition de l'esclavage est proclamée par Sarda Garriga le 20 décembre.Pour remplacer les esclaves sur les plantations, des travailleurs engagés sont recrutés en Inde, à Madagascar, en Afrique.
L'île retrouve son nom définitif : île de la Réunion.
1852-1858Gouvernorat d'Hubert Delisle, enfant du pays, triomphalement accueilli à son arrivée.Il lance de nombreux chantiers, en particulier pour ouvrir des routes vers les Hauts.Il fait commencer le percement du tunnel de Saint-Denis à La Possession.Il s'intéresse à l'activité intellectuelle : fondation de la " Société des Sciences et Arts ", de la " Bibliothèque Coloniale ", du " Museum d'Histoire Naturelle ", etc.
1856L'Exposition universelle de Paris consacre la prospérité de la colonie en lui attribuant 51 médailles ou mentions.
1861Cette prospérité commence à décliner : concurrence du sucre de betterave ; maladie de la canne ; épidémies de choléra et de paludisme.La concentration de la propriété s'accompagne du développement du paupérisme.L'alcoolisme augmente considérablement.
1866Le Conseil général réorganisé joue le rôle d'un petit parlement local.
1885Arrivée du dernier convoi de travailleurs engagés indiens.Une immigration spontanée de Chinois avait commencé vers 1860 ; celle des Indiens musulmans, qui s'installent comme tailleurs, puis comme marchands de tissus était devenue importante après 1870.
1895La conquête de Madagascar, qui avait été encouragée par les dirigeants réunionnais durant tout le siècle (ils espéraient y trouver ravitaillement et main-d'œuvre), retire à la Réunion son rôle d'unique possession française dans l'océan Indien.
La baisse des cours du sucre et la chute de la production (entre 1860 et 1900, la superficie des terres consacrées à la canne diminue de moitié) font sombrer la colonie dans le marasme.Les cultures nouvelles (vanille, géranium, vetiver, ylang-ylang), ont beaucoup de mal à prendre la relève.
1914La Réunion participe à l'effort de guerre (3000 Réunionnais sont morts sur les champs de bataille).
Entre les deux guerres, l'économie se redresse notablement.La population augmente sensiblement (de 173 000 en 1921 à 220 000 en 1941).Mais une très grande pauvreté accable les Petits Blancs des Hauts et la population noire des villes de la côte.
1940Ralliée à Vichy, l'île est soumise au blocus et doit vivre en autarcie.En 1945, la situation économique sera catastrophique.
1946Transformation de la colonie en département.L'infrastructure est remise en état, l'économie rénovée.Cependant, la balance commerciale reste largement en déséquilibre et l'accroissement important de la population crée un problème démographique.
1959Les lenteurs de la mise en œuvre de la départementalisation, la prise de conscience de la personnalité réunionnaise font naître des revendications d'autonomie.Le Parti Communiste Réunionnais l'inscrit alors à son programme.
1972La Réunion devient une région.Les premières élections du Conseil Régional au suffrage universel ont lieu en 1983.
1990La canne à sucre continue d'occuper la plus grande partie de la superficie cultivée.L'agriculture (même si la production de fruits s'est bien développée) ne parvient pas encore à satisfaire tous les besoins de la population.Le manque de matières premières ne permet pas une réelle industrialisation.Les grands travaux et la frénésie de construction, encouragée par une loi de " défiscalisation ", ont donné pendant quelques années une forte impulsion au secteur du bâtiment et des travaux publics.Mais c'est le secteur tertiaire qui tire l'économie de l'île.La Réunion compte environ 40 000 fonctionnaires (pour une population totale de 520 000 habitants).Le tourisme s'est notablement développé.Mais la situation reste déséquilibrée.Elle est caractérisée par un chômage grandissant, par une insuffisante couverture des importations par les exportations (la Réunion vit des transferts de la métropole), par un courant migratoire important en direction de la France.Les tensions socio-économiques restent lourdes de menaces.