Pour l'essentiel, notre approche de description n'a rien que de très classique, puisque nous avons largement emprunté notre dispositif descriptif soit à la tradition lexicographique française, soit aux fiches du programme IFA. On peut quand-même passer en revue les diverses rubriques de nos fiches, en explicitant ou en motivant certains choix.
Dégroupement/regroupement, polysémie, homonymie
Le choix du dégroupement s'est imposé à nous pour des raisons à la fois théoriques et pratiques. D'une part, une étude qui se veut synchronique n'a pas de raison de privilégier le regroupement, qui se fait en effet le plus souvent selon le principe diachronique. Par ailleurs, indépendamment de ces raisons théoriques qui pourraient se discuter à perte de vue, le choix du dégroupement découle tout simplement du fait que ce lexique fait partie d'un projet qui vise, à terme, à constituer un inventaire intégré des unités utilisées dans l'Océan Indien. Il est clair alors que l'on a intérêt, pour rendre possible le processus d'intégration ultérieur, à dégrouper les sens, car rien n'indique que la totalité des sens rencontrés dans une région pour un signifiant donné se retrouve ailleurs. Le dégroupement multiplie par conséquent les chances de faire coïncider, dans une même notice, les unités recueillies sur des terrains différents, avec la simple addition de la mention indiquant les régions où ce terme est utilisé. Quelques exceptions au principe du dégroupement demeurent cependant, lorsque les sens sont si proches qu'il paraît exagéré de choisir l'option de l'homonymie.
Les différentes entrées sont signalées par A, B, etc. au premier niveau de hiérarchie, puis par 1, 2, etc. pour les sous-niveaux de hiérarchisation, qui peuvent se combiner avec les symboles précédents: A.1, A.2 Si les différences de sens sont minimes, et qu'il n'y a pas à démarquer plusieurs niveaux, on utilisera 1, 2, A et B marquant des différences (catégorielles, sémantiques) plus importantes.
Graphie
L'option de la graphie intégratrice a été retenue pour les emprunts. Puisqu'il s'agit d'une variété de français, il paraît cohérent de marquer, par la graphie, l'appartenance de ces unités à cette langue.
Cependant, cette option globale est parfois modulée:
Présentation des entrées
Les entrées suivies d'une référence (presse, ouvrage) sont attestées à l'écrit. La référence Desmarais ne correspond pas à une attestation écrite parce que cet ouvrage n'est pas une source primaire, mais un recueil comprenant des formes orales, où la recension d'un terme ne fait donc pas foi de son attestation à l'écrit. De même la référence MaBC ne correspond pas à une forme écrite, puisqu'il s'agit d'une attestation à l'oral sur les ondes de la radio-télévision mauricienne.
Les variantes de l'entrée sont signalées dans la
même typographie, mais en plus petit, après un/:
Ces variantes peuvent être:
Ex.: Sou (un)
Dans ce cas, à chaque fois que l'on peut avoir un doute, parce que l'entrée comporte plusieurs mots, et qu'il est difficile de prévoir par lequel le lexicographe a choisi qu'il devrait commencer, on a placé des renvois:
Lascar voir patangue lascar
Les parenthèses au milieu d'une entrée marquent un élément facultatif:
Ex.: Chatini (de) coco
Il semble raisonnable et économique de ne signaler la transcription phonétique (entre crochets) que lorsque l'orthographe normale ne permet pas d'en reconstituer la prononciation (ce qui est cohérent avec le choix d'une graphie intégratrice, ci-dessus), souvent dans le cas d'emprunts ou d'archaïsmes: Canot [kanØt]. Les variantes phonétiques obéissent aux mêmes règles que les variantes graphiques en ce qui concerne l'usage de la barre oblique et des parenthèses.
Un problème particulier concerne la notation du/R/. Sur le plan strictement phonologique, il suffirait de choisir un symbole unique pour tous les allophones de/R/, en précisant cependant que les/R/ implosifs (après voyelle) se réalisent comme une voyelle allongée, avec peu ou pas d'articulation consonantique, alors que les/R/ explosifs sont plus conformes à la prononciation du français standard.
Il a paru cependant plus clair de rappeler cette particularité assez emblématique dans les transcriptions, en notant le/R/ explosif [R], et le/R/ implosif [r]: par exemple, rare se noterait: [Rar].
Pour le reste des caractéristiques phonétiques régulières, et qui ne sont de ce fait pas indiquées dans les transcriptions phonétiques, nous reproduisons le tableau synthéthique proposé par Robillard (à paraître, in Robillard/Beniamino/Bavoux sous presse).catégorie grammaticale
On a utilisé, autant que possible, les catégories et abréviations du Petit Robert. Pour les verbes, nous avons pensé un moment utiliser les approches préconisées par C. Blanche-Benvéniste, très précises, mais y avons finalement renoncé, ce type de description étant trop peu répandu dans le grand public.
Cette indication figure juste après la catégorie
grammaticale. Si aucune mention n'est présente (cas le
plus fréquent), c'est qu'il s'agit du résultat d'observations
sur le terrain, à l'oral.
Dans le cas où le recueil s'est fait dans une source écrite,
celle-ci est indiquée de manière abrégée.
Exemples: spéc(ialisé) / cour(ant) / rare / jeune / arch(aïque) / enf(antin) sont, autant que possible, mutuellement exclusifs. On peut se poser des questions, sur le plan de la logique de ces marques, qui procèdent, en effet de critères assez différents: courant et rare décrivent la fréquence, archaïque la perception qu'en ont les locuteurs (cette mention implique la rareté), enfantin et jeune le type de locuteur susceptible d'utiliser une unité, et le type de situations d'énonciation où ces unités apparaissent. Elles émergent tout simplement, et de manière très empirique, des catégories qui semblent pertinentes pour caractériser les unités, selon les critères correspondant tantôt aux effets en discours (archaïque, rare constituent une mise en relief, alors que courant passe inaperçu), tantôt au type de situation: spécialisé, enfantin, jeune, qui permettent, bien entendu, lorsqu'ils sont employés hors de la situation normale, de produire aussi des effets en discours.
Exemples: gén(éral) / auto. / cuis(ine) / pêche / flore / chasse / méca(nique) / hab(itat)(16) / soc(ial) / vest(imentaire) / relig(ieux) / instit(utionnel)/scol(aire) / sport / (industrie)sucre(ière) /
Ces marques indiquent:
1. soit qu'un terme ayant plusieurs sens, a un sens particulier lorsqu'il est employé dans l'un des contextes précisés. Ex.: Baba [A] et Baba [B] se distinguent par le fait que Baba [A] est caractérisé comme général (ustensile de cuisine), alors que Baba [B] relève d'un domaine spécialisé, celui du vocabulaire des activités de la mer;
2. soit qu'un terme est connu des spécialistes d'un domaine, même s'il n'a qu'un sens, et qu'il n'y a aucun risque d'homonymie. Ex.: Fouine (harpon).
registre
Exemples: neutre/obsc(ène)/fam(ilier)/ Rien de particulier à signaler en ce qui concerne ces notations.
La définition est proposée en français standard (référence: le Petit Robert), sans que l'on s'interdise d'y intégrer des mots décrits ailleurs dans l'inventaire, si cela rend la définition plus économique ou conforme à l'usage. Ces unités figurent alors, dans la définition ou l'exemple, entre guillemets. S'il s'agit d'une espèce de la flore ou de la faune décrite en référence à une terminologie scientifique, l'ouvrage de référence est indiqué entre crochets. La définition se limite à une définition en langue: informations nécessaires à l'emploi à bon escient d'une unité en discours.
Indiqué par des italiques, un exemple (parfois plusieurs pour illustrer des facettes différentes de l'emploi de l'entrée) est toujours fourni. Il est suivi de l'indication de la source lorsqu'il ne s'agit ni d'un exemple recueilli à l'oral, ni d'un exemple fabriqué par l'auteur.
En effet, compte tenu du mode de recueil, on comprendra qu'il est difficile de collecter des exemples sur le vif (il est déjà suffisamment compliqué de recueillir les unités sans se faire repérer, et compromettre ainsi la spontanéité des locuteurs). Dans ces cas, nombreux, des exemples ont été fabriqués, et soumis à la vérification de témoins, leurs propositions de reformulations étant prises en compte si nécessaire.
Cette rubrique, qui accueille toutes les observations qui ne se laissent pas facilement standardiser, comprend des remarques étymologiques, sociolinguistiques, syntaxiques, etc. ou des informations sur le référent, lorsqu'il s'agit d'un objet exotique pour le lecteur non familier du terrain, qu'il convient donc de décrire de manière plus détaillée que dans la définition en langue. L'intégration de l'étymologie au commentaire encyclopédique marque bien que cette dimension n'est pas centrale à notre perspective, qui est synchronique. Nous avons eu recours aux ouvrages courants traitant d'étymologie dans la zone Océan Indien (R. Chaudenson, P. Baker et V. Hookoomsing) sans pousser les recherches jusqu'au FEW par exemple, travail d'ailleurs presque toujours efffectué par Chaudenson (1974), notre source privilégiée.
Nous avons inclus dans cette rubrique la description de tous les processus évolutifs: les origines en langues étrangères, les dérivations, préfixations, compositions, métaphores, métonymies, calques, onomatopées, spécialisations de sens, généralisations de sens, siglaisons, troncations, reduplications, conservatismes dans cette même rubrique, ce qui, de plus, est conforme à notre position théorique telle qu'elle est exposée plus haut: l'ancienneté d'une unité n'est qu'une présomption d'intégration, la plus légitime, dans notre pratique, étant la cohésion.
Si les syntagmes figés ne font pas l'objet d'une entrée séparée, ils sont glosés.
Les expressions qui font l'objet d'une entrée séparée ne sont pas glosées, et l'apparition de ces expressions dans un article consacré à une autre unité vaut renvoi à l'unité décrite à son ordre alphabétique.
affinités morphologiques/morphiques
Cette rubrique renvoie aux dérivés par suffixation,
préfixation.
Elle renvoie également aux bases (pour un dérivé),
et parfois aux morphes pour un composé (segment
qui peut constituer un morphème dans un autre emploi, mais
qui, dans un composé n'a plus le statut de signe à
part entière).
En effet, en bonne méthode, et en stricte synchronie, on n'a pas de raison, à Beurre pistache, de renvoyer à Pistache, puisque le choix de faire de Beurre pistache une entrée est fondé sur le fait que l'on pense:
que le sens de Beurre pistache ne correspond pas aux relations syntaxiques normales de beurre + pistache; le sens de Beurre pistache, n'est pas reconstituable à partir de beurre, pistache et d'une relation syntaxique;
que les segments beurre et pistache ne se comportent pas, au sein de l'unité Beurre pistache comme ils le feraient dans un syntagme libre (par exemple, il n'existe plus de possibilité d'insertion entre les deux éléments; le segment beurre ne désigne plus du beurre au sens strict).
Par conséquent, cela revient à penser que le seul rapport entretenu entre les segments beurre et pistache et leurs homophones dans Beurre pistache est un rapport de ressemblance sur le plan du signifiant, entretenu par des habitudes graphiques qui masquent le fait que le découpage graphique de ce segment en deux est d'ailleurs illégitime! Seule une perspective diachronique peut établir des rapports de sens entre ces éléments lorsqu'ils sont employés en syntagme libre et en syntagme figé. Ou alors, pour être totalement cohérent, à Beurre, il faut décrire un sens qui serait pâte à tartiner, et qui permettrait alors de comprendre Beurre pistache.
Cependant, pour des raisons de commodité, et parce que l'utilisateur d'un inventaire n'a pas le souci de la stricte distinction de la diachronie et de la synchronie que nous devons avoir, le renvoi a parfois été fait après la mention dérivés, ce qui, pour être incohérent en théorie, n'en est pas moins commode dans la pratique.
Renvoie aux synonymes dans la variété décrite, à l'ordre alphabétique dans l'inventaire.
Renvoie aux antonymes dans la variété décrite, figurant à l'ordre alphabétique dans l'inventaire.
Cette rubrique indique les unités souvent associées à l'unité en entrée, sur l'axe syntagmatique. Cette rubrique vise à compenser l'arbitraire de l'ordre alphabétique des entrées, qui tend à destructurer les relations entre unités. Une unité faisant l'objet d'un renvoi dans l'une des rubriques ci-dessus (ant., syn., dérivés) n'est pas indiquée dans la présente rubrique. Il est à noter que, lorsque les renvois sont nombreux, cette rubrique renvoie aux mots principaux, qui, eux-mêmes, orientent le lecteur vers le reste d'un champ.