Le français en Centrafrique. Lexique et société s’inscrit dans le cadre de la collaboration interuniversitaire qui s’est instaurée depuis un certain nombre d’années entre l’Université de Bangui d’une part et l’Université de Provence et l’UPRESA "Bases, corpus, langage" de l’Institut National de la Langue Française (CNRS) d’autre part.
Le point de départ de cette coopération a été le colloque international de Bangui (Janvier 1989) sur "L’État de la langue française en Afrique Centrale" organisé principalement par Mathias Ngouandjika alors Doyen de la Faculté des Lettres, et Huguette Krief, Maître de conférences de l’Université de Provence détachée auprès de l’Université de Bangui. À l’occasion de ce colloque international dont les Actes ont été intégralement publiés (23 communications) par H. Krief et F. Gbéminé-Sendagbia dans le numéro 2 de la revue Espace francophone de l’Université de Bangui, est né le projet d’une collaboration scientifique étroite entre les chercheurs de l’Université de Bangui et ceux de l’Université de Provence représentés par Francis Jouannet (disparu tragiquement peu de temps après) et Ambroise Queffélec.
La création en Mars 1992 du Centre de Recherche, Documentation et Études Francophones (CREDEF) à l’Université de Bangui sous l’impulsion de M. Ngouandjika et H. Krief stimula cette coopération qui se concrétisa en particulier par l’envoi à Aix-en-Provence en formation doctorale de plusieurs étudiants et chercheurs de l’Université de Bangui bénéficiaires de bourses d’alternance accordées par le Ministère français de la Coopération.
Dans le cadre de cette recherche partagée inter-universitaire, l’accent fut porté prioritairement sur la description du français dans le contexte multilingue de la République Centrafricaine. Un projet de recherche très vaste avait été conçu à l’origine, englobant les dimensions sociolinguistiques (variations du français en contact), linguistiques (description des diverses variétés au plan phonétique, phonologique, prosodique, lexical, morphologique et syntaxique), pédagogiques (didactique du français langue seconde) mais la pénurie de moyens matériels, l’absence de soutien financier et les diverses perturbations du fonctionnement de l’Université de Bangui (non-paiement des bourses et des salaires, grèves, fermetures, années blanches) conduisirent les chercheurs -travaillant pour les Centrafricains dans des conditions extrêmement précaires - à mobiliser leur énergie sur deux thèmes principaux:
– L’existence à l’échelon pananafricain d’un vaste projet de recherche sur les particularités lexicales du français en Afrique Noire, animé et soutenu par l’AUPELF-UREF dans le cadre de son réseau "Étude du français en francophonie", les incita à constituer une équipe. Celle-ci, bénéficiant du soutien financier du réseau AUPELF-UREF, se proposa la double tâche de réaliser un Inventaire des Centrafricanismes et de participer activement à l’actualisation de l’Inventaire des Particularités Lexicales du Français en Afrique Noire (dénommé IFA 2).
– La présence à l’Université de Provence d’un centre de recherches très actif sur la syntaxe du français parlé (devenu par la suite l’UPRES-A 6060 de l’INaLF-CNRS) conduisit les chercheurs à centrer leurs travaux sur le français oral en Centrafrique, tel qu’il se manifeste en particulier aux niveaux mésolectal et basilectal. Dans cette optique, un certain nombre de corpus représentatifs ont été réunis et transcrits selon la méthodologie du G.A.R.S. et sont en cours de dépouillement et d’analyse au plan morpho-syntaxique.
Le présent ouvrage correspond à l’état d’achèvement du premier volet de la recherche et se trouve donc centré sur les spécificités lexicales . Il se compose de deux parties:
– une présentation sociolinguistique de la situation du français en Centrafrique dans un contexte multilingue. Cette présentation a paru indispensable pour comprendre l’état du français dans un environnement linguistique complexe caractérisé en particulier par sa coexistence avec le sango co-langue officielle de l’État centrafricain. Cette présentation qui accorde volontairement une large place au sango a été rédigée en 1994 par Martine Wenezoui puis actualisée, complétée et revue dans la perspective éditoriale de l’ouvrage par Ambroise Queffélec qui a par ailleurs rédigé une introduction théorique et pratique à l’inventaire lexicographique .
– l’Inventaire des particularités lexicales du français en Centrafrique, rédigé par A. Queffélec avec la collaboration ponctuelle de Jean Daloba, étudiant-chercheur au CREDEF. Ce travail lexicographique a bénéficié de la participation active et des avis d’un certain nombre de chercheurs de l’Université de Bangui, en particulier François Bandio, Robert Beyom, Bruno Ngoumalet, Moïse Mamadou. Pour la sélection définitive de la nomenclature, ont été sollicités régulièrement dans le cadre de la procédure du "jury" de nombreux étudiants de la Faculté des Lettres, en particulier Agbomana Victor, Dam-Gom Serge, Datoloum Clément, Dimanche Luc, Loban Ousman Benoît, Mokome-Kangoy Dieudonné, Selezilo Appolinaire. Qu’ils en soient ici remerciés.
Nos remerciements s’adressent également à:
– M. Etienne Brunet responsable de l’U.R.L. 9, et son successeur à la tête de l’UPRES-A 6039 "Bases, corpus et langage", Mme Sylvie Mellet, pour le soutien du laboratoire.
– MM. les Doyens de la Faculté des Lettres de Bangui, en particulier M. Théophile Touba, pour leur aide à l’action de coopération inter-universitaire.
– Mesdames Albertine Mondongou et Georgine Grezenguet, Directrices du département de Lettres modernes et MM. Marcel Bourdette-Donon et Pierre Imbert, enseignants à l’Université de Bangui, pour leur accueil chaleureux.
– Mme Danièle Latin, coordonnatrice scientifique du réseau "Étude du français en francophonie", qui a suivi avec une attention constructive nos travaux.
– M. Jacques Bretteville, responsable financier du Réseau.
– Mme Geneviève Corréard-Ndiaye, professeur à l’Université de Dakar et M. J. Bédard du Trésor de la Langue Française au Québec qui nous ont fait profiter de leurs remarques sur une première version de l’ouvrage.