8. Description des centrafricanismes
À l’intérieur du continuum qui va du français académique utilisé par les universitaires jusqu’au "petit-français" employé par les non-lettrés, continuum qui pour des raisons de commodité a été découpé en acrolecte, mésolecte et basilecte (cf. supra), c’est la variété moyenne, régionale (riche de centrafricanismes) qui présente le plus d’intérêt. D’une part, elle tend à voir le nombre de ses locuteurs croître pour les raisons que nous avons déjà indiquées. D’autre part, cette variété de français est en voie de s’institutionnaliser comme norme locale: les milieux culturellement dominants (média, enseignement) l’adoptent et la normalisent.
Aussi est-ce sur cette variété de français régional que s’est focalisée dans un premier temps notre recherche. Cette priorité accordée au mésolecte se justifie également par l’existence de recherches menées dans les autres pays d’Afrique Noire francophone et au Maghreb et centrées elles aussi sur la même variété "régionale" de français.
L’existence d’un projet d’actualisation de l’Inventaire des Particularités Lexicales du Français en Afrique Noire (en abrégé IFA)57 explique en outre que nous présentions ici essentiellement des données lexicales qui seront intégrées dans la version actualisée dite IFA2 en cours de réalisation. L’enquête sur les autres composantes linguistiques (en particulier morpho-syntaxiques) se déroule parallèlement: un corpus important, transcrit en particulier par R. Beyom, B. Ngoumalet, F. Bandio, est en cours d’exploitation et doit donner lieu à des publications prochaines.
8.1. Objectif de l’Inventaire
L’Inventaire que nous présentons ci-après décrit les particularités lexicales du français régional parlé et écrit en Centrafrique dans les années 90. Comme l’indique cette formule, la description a été limitée d’un quintuple point de vue:
– Limitation à une visée strictement descriptive: le jugement normatif a été délibérément proscrit pour plusieurs raisons: d’une part, il ne peut qu’être second: en bonne méthode, pour légiférer, exclure un usage comme fautif ou le légitimer en le proclamant de bon aloi, il faut d’abord disposer d’une description solide voire complète de l’usage en question. Mêler les deux points de vue, descriptif (seul scientifique) et normatif (nécessairement subjectif), ne peut qu’être nocif; d’autre part, nous ne nous estimions pas habilités à porter des jugements d’acceptation ou de rejet. Il revient à d’autres Autorités plus autorisées en ce domaine (en particulier les Responsables pédagogiques) de se prononcer en toute connaissance de cause, d’autres paramètres de nature non linguistique intervenant dans l’établissement d’une norme (sur "le problème de l’acceptabilité des africanismes, des normes endogènes et des normes pédagogiques", cf. Dumont-Maurer, 1995:174-189). Les chercheurs se bornent à fournir des éléments objectifs d’appréciation. Aux décideurs et à la communauté des usagers de trancher éventuellement.
– Limitation aux seules particularités. Notre inventaire ne relève que les écarts alors que l’idéal aurait été de décrire l’intégralité des usages. On se serait aperçu que le français de Centrafrique possède une spécificité non seulement par ce qu’il possède en plus (néologismes, emprunts, extensions de sens, etc.) mais aussi par ce qu’il possède en moins (termes du français standard inconnus ou inusités) et surtout en autre (en particulier dans le domaine des fréquences d’emploi). Cette tâche, considérable, dépassait de beaucoup les possibilités matérielles de notre équipe réduite.
– Limitation au lexique.
Dans le champ linguistique, seul le lexique a été examiné dans cette première publication. Plusieurs raisons expliquent cette limitation: en premier lieu, le vocabulaire est le domaine où les particularités sont les plus nettement perceptibles. La plupart des observateurs en contact avec le français utilisé en Centrafrique mettent d’abord en avant les spécificités de vocabulaire (et de prononciation) lorsqu’ils veulent souligner son originalité. En second lieu, l’I.F.A., dont nous connaissions bien la méthodologie pour y avoir contribué, constitue un utile point de repère permettant d’aborder l’objet avec des méthodes éprouvées et autorisant des comparaisons significatives avec les autres français en Afrique. En outre, la nécessité d’utiliser des approches distinctes pour aborder les autres champs linguistiques (en particulier la syntaxe) risquait de différer de beaucoup notre publication alors que nos données lexicales, immédiatement publiables, pouvaient contribuer utilement à la mise sur pied de la Banque informatisée de données lexicales prévue dans le projet de Trésor International de la Langue Française. Enfin, la spécificité des méthodes utilisées pour explorer les différents domaines linguistiques et l’hétérogénéité certaine des résultats nous incitaient à publier séparément les résultats des diverses recherches. Cette focalisation sur le lexique ne nous a pas interdit cependant de présenter des données de nature syntaxique, spécialement lorsqu’une différence de combinatoire (par exemple l’emploi absolu de préparer au sens de "préparer la cuisine") entraîne une altération sémantique.– Limitation au français régional: Notre étude s’est focalisée sur les usages suffisamment stabilisés et répandus socialement pour pouvoir être considérés comme constitutifs d’une variété régionale. C’est donc le mésolecte que nous avons décrit prioritairement en tant que norme locale en émergence. Néanmoins certaines lexies peuvent se retrouver employées dans les diverses variétés de français, du basilecte à l’acrolecte. Aussi avons-nous pris soin d’indiquer pour chaque lexie le type de locuteurs qui l’emploient prioritairement.
– Limitation d’ordre temporel: la description se veut synchronique (au sens large) puisque seuls ont été retenus les termes en usage dans les années 1990-1996. Néanmoins, il a semblé utile de signaler que certaines lexies étaient déjà attestées dans le recensement inédit opéré à la fin des années 70 par G. Canu et L. Bouquiaux (cf. le long développement que nous consacrons à ce travail et à sa méthodologie en 4.2.4.). Nous avons donc signalé par un signe spécifique tous les centrafricanismes déjà recensés et encore en usage (° pour les entrées déjà attestées par Canu et °° pour les termes recensés par Bouquiaux). En revanche, pour les termes décrits par ces auteurs mais qui ne sont plus attestés ni connus dans les années 90, il nous a paru inutile d’y faire systématiquement référence, même si épisodiquement des commentaires renseignent sur les termes autrefois en usage mais actuellement indisponibles. Dans la même perspective visant à donner une profondeur diachronique à notre inventaire synchronique, nous avons dépouillé un certain nombre de textes écrits à l’époque coloniale (depuis Batouala de R. Maran) afin de montrer l’éventuelle permanence de certaines lexies.
8.2. Méthode
Pour constituer l’Inventaire projeté, les chercheurs se devaient de mettre au point des procédures d’investigation et de découverte propres à l’objet analysé. La réflexion méthodologique se focalisa autour de trois axes principaux, la constitution d’un corpus d’enquête, l’élaboration des critères de sélection des particularités, enfin la mise au point de techniques lexicographiques de classement (établissement d’une nomenclature) et de présentation (contenu des articles) des informations retenues.
8.2.1. Corpus
Conformément à une tradition explicitée par D. Crystal, l’enquête est fondée sur un corpus ("corpus-based") et non limitée à un corpus ("corpus-limited"). Elle porte à la fois sur un corpus écrit et sur un corpus oral.
8.2.1.1. Le corpus écrit
Celui-ci est constitué de plusieurs sources au premier rang desquelles on doit citer la littérature centrafricaine d’expression française. Ont ainsi été analysés la plupart des romans, nouvelles, contes, poésies, pièces de théâtre, etc., publiés par des auteurs centrafricains à condition que ceux-ci aient été accessibles aux descripteurs, soit qu’ils aient figuré dans des lieux de consultation publics, soit qu’ils aient appartenu à des bibliothèques privées accessibles (collègues, amis, etc.). En fonction des opportunités et bien sûr de manière moins systématique, l’équipe a dépouillé les manuscrits et les inédits que le hasard a mis entre les mains des chercheurs (tels les manuscrits conservés au Centre Culturel Français… avant son pillage et sa destruction partielle en 1996). La presse a également été fortement mise à contribution en tant que représentative de la norme locale. Des collections complètes (autant que faire se peut) du quotidien E lè Songô et de la presse "démocratique" qui a fleuri après l’instauration du multipartisme58, ont été dépouillées exhaustivement. De manière beaucoup moins systématique ont également été sollicités monographies, thèses, mémoires, rapports, ouvrages et revues scientifiques, annales, manuels scolaires, livres d’art ou de vulgarisation, etc., bref, tous les documents possibles que les auteurs rencontraient. Enfin les correspondances publiques ou privées, les copies d’élèves, les tracts, les affiches, etc., ont été utilisés dans la mesure où les chercheurs parvenaient à en prendre connaissance.
8.2.1.2. Le corpus oral
Si dans le domaine de l’écrit la littérature et la presse ont donné lieu à des investigations systématiques, il n’en est pas de même pour le domaine oral, où l’enquête était nécessairement moins rigoureuse, essentiellement pour des raisons financières. Pour mener une étude scientifiquement fondée du français oral utilisé par la population centrafricaine, il aurait fallu procéder à la manière des enquêtes mises au point pour l’élaboration du français fondamental de G. Gougenheim et utilisées dans certaines descriptions des langues africaines: auraient été nécessaires de nombreux enregistrements opérés en divers lieux où le français est parlé, si possible auprès d’un échantillon représentatif de la population centrafricaine parlant français et ce, dans les diverses régions du pays. Un tel programme dépassait très largement nos possibilités. Un embryon de recherches allant dans cette direction a certes existé: des émissions de radio ou de télévision, censées représenter la norme locale orale, ont été enregistrées. Par ailleurs, ont été analysés les corpus transcrits en vue des études morpho-syntaxiques. Cependant, dans la pratique, l’essentiel de l’enquête a été menée de manière beaucoup moins rigoureuse: les chercheurs ont utilisé des méthodes moins sophistiquées. Ils ont fait appel à la technique du questionnaire préétabli59 ou demandé à des interlocuteurs complaisants (souvent étudiants) d’évoquer dans des conversations plus ou moins dirigées tel ou tel thème de la vie courante. Ils ont aussi constitué une esquisse de réseau d’informateurs bénévoles en leur demandant de leur signaler les centrafricanismes que ceux-ci rencontraient.
8.2.2. Sélection des entrées
Au terme de la phase d’enquête (qui pouvait se prolonger en raison de la non-limitation du corpus alors même que la rédaction était en cours) il fallait opérer une sélection dans la masse des informations recueillies (une dizaine de milliers d’attestations écrites ou orales) qui étaient par nature peu homogènes et d’intérêt inégal. Que fallait-il retenir dans cette riche moisson qui formait un ensemble très disparate?
8.2.2.1. Particularités et anti-dictionnaire
Les termes recensés devaient être des particularités; à ce titre, ils devaient à la fois être clairement attestés dans le français centrafricain et ne pas appartenir à l’usage ordinaire du français de référence. Cette deuxième exigence posait le problème de la norme de référence servant d’anti-dictionnaire. Dans nos travaux précédents, nous avions pris comme dictionnaire d’exclusion, le Petit Robert (dans sa dernière version) complété du Lexis , du D.F.C. et surtout du Grand Robert . Pour la présente recherche leur utilisation a semblé beaucoup plus problématique dans la mesure où ces ouvrages lexicographiques ne se contentent plus de décrire la norme française mais s’ouvrent de plus en plus à des variétés non hexagonales, y compris africaines. Ainsi, le Grand Robert, dès son édition de 1985, comporte un certain nombre d’africanismes lexicaux (dont la majorité viennent de l’IFA1, cf. Queffélec, 1988). Aussi, leur témoignage a-t-il été traité avec prudence; nous avons gardé certains termes ou unités sémantiques qui y étaient recensés, mais avec la mention Afrique, ce qui suggérait que l’unité de sens en question ne relevait pas de l’usage hexagonal du français. Nous avons donc fait appel à notre intuition de français natif ou à celle d’autres informateurs non centrafricains pour compenser les insuffisances de la littérature lexicographique.
Par ailleurs ont été retenus des termes figurant dans les anti-dictionnaires avec la mention "spécialisé" ou "rare" alors qu’ils appartenaient au français ordinaire en Centrafrique: la différence de fréquence entre l’usage dans la variété décrite et l’emploi dans la variété de référence (terme inconnu de l’usager moyen) justifiait leur sélection.
8.2.2.2. Critères de sélection
Une fois repérés comme particularismes, les items devaient, pour être retenus, subir une seconde épreuve de sélection fondée sur plusieurs critères:
Fréquence dans l’usage local
: Ont été retenues en priorité les unités présentant un nombre élevé d’attestations à l’écrit (ou à l’oral). Il a paru normal d’accorder une place prépondérante aux unités présentant un taux élevé de récurrence. Cependant, en raison du caractère asystématique de l’enquête et pour éviter les phénomènes de mode langagière, ce critère de fréquence absolue a dû être tempéré. Toutes les lexies sélectionnées ont été soumises à un "jury" représentatif qui a opéré un tri final en éliminant les lexèmes relevant de sociolectes (militaires, étudiants, journalistes sportifs, etc.) ou d’ethnolectes. Par ailleurs ont été recensés certains termes qui, bien que d’un usage restreint, appartiennent au fonds français des locuteurs centrafricains: il s’agit des fameux termes "disponibles" que l’on n’est amené à utiliser que dans certaines circonstances précises et qui échappent souvent aux enquêtes aléatoires.Dispersion sociale:
la possibilité pour un terme d’être employé ou considéré comme français par des locuteurs appartenant à des couches sociales et à des milieux professionnels différents a également été jugée significative.Dispersion géographique
: Dans un pays qui présente une grande diversité linguistique et où le nombre de langues maternelles est important, la dispersion géographique des lexies a été naturellement prise en compte. Le fait qu’un même terme soit connu, disponible et si possible utilisé dans les différentes régions du pays et par des locuteurs maîtrisant des langues véhiculaires et vernaculaires diverses, est un signe important de sa bonne diffusion. Ce critère a été particulièrement opérant pour la sélection des termes empruntés aux différentes langues centrafricaines et a conduit en pratique à réduire considérablement les emprunts à des langues ethniques.Dispersion chronologique
: l’attestation d’un même lexème à différentes périodes dans notre corpus a été considérée comme un indice sûr de la vitalité et de l’implantation dans le français local de ce terme et a été prise en compte comme un indice positif en vue de sa sélection dans la nomenclature.Les différents critères que nous venons de formuler ont été utilisés de manière systématique mais souple avant la sélection définitive.
8.2.3. Classement de la nomenclature (macro-structure)
Conformément à la tradition lexicographique les lexies sont classées selon l’ordre alphabétique, la forme graphique retenue étant celle qui est le plus fréquemment attestée. Pour les termes employés seulement à l’oral une reconstruction graphique conforme au système français a été opérée et le terme reconstitué a été classé en fonction de sa graphie inventée. Des systèmes de renvoi pour les termes présentant des parentés morphologiques (dérivés, composés) ou sémantiques (parasynonymes, antonymes) permettent de remédier partiellement à ce qu’a d’arbitraire et de déstructurant l’ordre alphabétique.
8.2.4. Contenu des articles (micro-structure)
Il est conforme à la pratique lexicographique mise en œuvre dans les autres dictionnaires de particularités relatifs au français en Afrique: Lorsque plusieurs sens sont attestés, ils sont numérotés par un chiffre et hiérarchisés selon leur ordre d’importance du général au particulier. Chaque article est organisé selon une grille identique, constituée de plusieurs rubriques:
Entrée
: elle est fournie en majuscules et caractères gras. La forme vedette correspond à la graphie possédant la plus haute fréquence dans notre corpus écrit. Il peut se faire que cette forme ne soit pas la plus fréquente dans les exemples fournis, ceux-ci n’étant que le produit d’une sélection opérée dans le corpus. Pour les termes uniquement oraux (ou dont nous n’avions pas d’attestation écrite), se trouve reconstituée la graphie la plus conforme au système français, éventuellement complétée par une graphie conforme à celle de la langue d’origine. En effet l’analyse des graphies françaises des termes empruntés bien installés dans l’usage local montre la coexistence fréquente de la graphie francisée et d’une graphie plus proche de la langue d’origine (cf. par ex. ouali gara/wali gara; koundi/kundi; tourougou/turugu).Variantes graphiques:
lorsqu’elles existent, celles-ci sont mentionnées en gras et en majuscules selon un ordre d’apparition qui correspond à une fréquence décroissante. Il peut arriver que des graphies plus rares, bien qu’attestées dans le corpus, n’apparaissent pas dans les citations fournies, celles-ci ayant été sélectionnées davantage en fonction de leur valeur illustratrice que de la variation graphique qu’elles attestent.Transcription phonétique
: cette transcription entre crochets est conforme au système de l’Association Phonétique Internationale (A.P.I.). Elle n’est donnée que pour les formes problématiques et inconnues du français standard. Plusieurs transcriptions peuvent être fournies lorsque diverses réalisations phonétiques se rencontrent. Cette pluralité de réalisations est attestée surtout pour les emprunts, plusieurs phonies étant possibles dans la langue d’origine en fonction des différences d’appartenance géographique, sociale, etc., des locuteurs.Étymon:
figurant entre parenthèses, il est surtout fourni pour les emprunts ou les termes résultant d’une formation hybride. Pour les termes empruntés au sango, nous avons systématiquement consulté le Dictionnaire sango-français de Bouquiaux et alii, malheureusement un peu vieilli. Pour les mots empruntés à une autre langue ou pour les termes absents de ce dictionnaire, nous avons recoupé et vérifié les hypothèses fournies par les informateurs. Nous donnons par ailleurs nos sources écrites quand celles-ci paraissent fiables.Catégorie grammaticale:
elle est donnée de manière systématique en caractères romains. Les substantifs dont le genre est instable dans l’usage local, voient cette instabilité signifiée par la marque "m. ou f."; de même est indiquée la spécificité de nombre des termes qui sont uniquement, ou préférentiellement utilisés au singulier ou au pluriel. Le mode de construction des verbes (intransitif/ transitif direct/ transitif indirect) est également signalé, tout comme, le cas échéant, l’appartenance catégorielle (humain, animé, inanimé, etc.) de leur complément lorsqu’il y a des restrictions significatives dans leur valence.Marques d’usage:
reconnaissables aux italiques, elles permettent de reconstituer l’"écologie" des lexèmes. Fournies comme des indices approximatifs mais probables, elles sont établies à partir du sentiment linguistique des informateurs et de l’intuition des membres du "jury" et fournissent trois types d’informations:– Fréquence: l’indice de fréquence est le seul à être systématiquement fourni en dépit du caractère subjectif de cette notion qui, quantifiable à l’écrit (pour autant qu’on dispose d’un corpus étendu), l’est beaucoup moins à l’oral; quatre types de marques ont été retenues:
• fréquent: d’un usage usuel dans la vie de tous les jours;
• assez fréquent: d’un usage plus restreint, mais régulièrement employé;
• disponible: compris mais rarement utilisé;
• spécialisé: utilisé comme vocabulaire technique par un nombre limité de locuteurs.
– Code: la référence au code écrit ou oral, n’est fournie que si le lexème connaît un usage préférentiel ou exclusif dans l’un ou l’autre code. En l’absence d’indication, le lecteur comprendra que le lexème s’emploie indifféremment dans les deux codes.
– Milieu d’emploi: Comme pour le code, les informations ne sont données que si le lexème est particulièrement employé dans un milieu précis. L’absence d’informations60 doit être comprise comme l’indice que le terme s’emploie dans tous les milieux. Ces spécifications éventuelles sont fournies en tenant compte de l’âge (jeunes vs vieux), de l’habitat (urbain vs rural), du sexe (homme vs femme) et surtout du niveau d’instruction et de compétence. On distinguera en première approximation quatre types d’usagers61: non lettrés = personnes n’ayant pas fréquenté l’école; peu lettrés = personnes ayant fréquenté l’école au niveau primaire; lettrés = personnes ayant suivi un enseignement secondaire complet; intellectuels = personnes ayant suivi des études universitaires. Des informations complémentaires sur l’usage dans le temps (ex.: vieilli), l’espace (ex.: Bangui/province), le niveau de langue (ex.: familier, argot) ou les connotations (ex.: péjoratif) ont été données lorsqu’elles ont paru significatives.
Définition:
Nous avons accordé le plus grand soin à sa rédaction. Lorsqu’une définition a paru peu explicite pour un lecteur ne connaissant pas la Centrafrique, des informations volontairement limitées de nature encyclopédique complètent la définition linguistique. Dans la mesure du possible (en particulier pour la flore ou la faune), ces informations encyclopédiques se trouvent développées dans la rubrique "contextes" où nous avons fait une large place aux citations tirées des ouvrages techniques (thèses ou monographies).Contextes:
visant à compléter ou à illustrer la définition, les contextes reconnaissables par l’emploi des italiques sont de quatre types:Les plus nombreux sont des citations tirées d’ouvrages édités et référencées méthodiquement avec indication entre parenthèses: pour les livres, du nom de l’auteur, de la date d’édition62 de l’ouvrage, de la page concernée; pour les journaux, du nom du journal et de la date précise de parution. Cette priorité accordée aux ouvrages publiés s’explique à la fois parce que la tradition humaniste du dictionnaire privilégie le contexte littéraire ou du moins l’exemple écrit et parce que les citations, indiscutables, valident le particularisme et mettent – au moins partiellement – le lexicographe à l’abri du reproche d’arbitraire et de subjectivité dans la sélection des entrées.
Le deuxième type d’exemples – relativement peu nombreux – concerne les illustrations tirées du corpus oral transcrit et donc précisément datable et identifiable. Ces exemples se reconnaissent à la mention entre parenthèses "Oral enregistré" éventuellement complétée par des informations sur le locuteur et les circonstances de production.
Le troisième type correspond aux exemples pris "au vol" par les enquêteurs qui n’en ont conservé aucune trace sonore comme par exemple lors d’interactions personnelles informelles ou de l’écoute improvisée d’émissions de radio ou de télévision (sont mentionnés alors le média concerné et le jour d’émission).
Le quatrième type concerne les exemples forgés par les informateurs ou par les membres du jury pour illustrer plus clairement la définition et pallier l’absence d’autres exemples ou leur inadéquation. Ces contextes construits présentent l’avantage de donner des informations précises sur l’écologie de la lexie (combinatoire, niveau de langue, contexte d’usage, formes du pluriel, etc.); elles permettent en particulier d’alléger le nombre d’informations contenues dans la définition qui, si elles étaient fournies in extenso, feraient basculer l’inventaire de langue dans le dictionnaire encyclopédique.
Tous les exemples retenus sont fournis et classés chronologiquement: pour ceux d’entre eux qui ne sont pas datés précisément (extraits d’ouvrage sans date ou exemples fournis par Canu ou Bouquiaux), une date approximative a été retenue et a servi pour leur classement.
Syntagmes et locutions:
une rubrique loc., regroupant les locutions et syntagmes où figure fréquemment le terme analysé, est fournie quand le besoin s’en fait sentir. Le sens de ces cooccurrences est parfois explicité mais en général, lorsque leur sens est transparent, elles ne donnent pas lieu à définition.Dérivés et composés
sont également indiqués afin que le lecteur puisse percevoir la productivité éventuelle de la lexie et son aptitude à la dérivation et à la composition. L’existence de dérivés et de composés joue par ailleurs un rôle de validation quant à la pertinence du choix de la particularité.Renvois:
L’article se clôt par des renvois éventuels (indiqués par V., abréviation de Voir) aux dérivés, composés, mots de sens voisin et de façon plus générale à des termes qui présentent des relations sur le plan paradigmatique avec le défini et font l’objet d’une entrée distincte. Contrairement à une pratique que nous avions adoptée dans des ouvrages précédents, la nature du renvoi n’est pas mentionnée explicitement par des indications comme synonyme ou antonyme (ou contraire). Un simple V. (abréviation de Voir) permet, dans la tradition analogique du Petit Robert, d’éviter l’épineux débat de la synonymie, de la parasynonymie ou des différentes formes d’antonymies (disjonction exclusive ou contradiction vs incompatible ou contraire). Il autorise en revanche la constitution de séries d’équivalences où se trouvent regroupées les lexies présentant certaines relations au niveau du signifié. Ainsi s’élaborent des mini-champs lexicaux associant par exemple pour désigner les personnes possédant des aptitudes surnaturelles à la magie (charlatan, féticheur, marabout, mbaoman, nganga, tradi-praticien). De même, pour signifier "faire l’amour", coexistent plusieurs synonymes dont badigeonner, bousiller, faire ça, faire la chose, faire les relations, frapper, tanner, sont les plus fréquents.8.3. Résultats
Au terme de l’enquête ont été sélectionnés 1206 centrafricanismes (dont certains comportent plusieurs unités de sens) qui constituent la nomenclature du lexique publié ci-après. Cet ensemble de données servira de base à des recherches ultérieures qui pourront concerner (pour ne retenir que quelques axes de recherche possibles) des domaines strictement linguistiques (typologie des particularités), sociologiques (le français de Centrafrique comme reflet de la société centrafricaine) ou comparatifs (comparaison des centrafricanismes avec les africanismes des autres pays).